BESANÇON. Ville natale de Victor Hugo, qui n'y vécut d'ailleurs que six semaines - mais l'a voulue, pour les besoins d'une rime et contre toute vraisemblance, « vieille ville espagnole » -, Besançon se prépare à se mettre en réseau avec d'autres villes ou bourgs pour valoriser son patrimoine fortifié. Vendredi 28 janvier, en effet, les représentants d'une dizaine de municipalités se réuniront dans la capitale de la Franche-Comté afin de jeter les bases d'une association regroupant les plus belles citadelles érigées par Sébastien Le Preste, marquis de Vauban (1633-1707), commissaire des fortifications du roi Louis XIV et maréchal de France. BESANÇON, VERROU MILITAIRE Leur but : s'unir afin que leurs sites obtiennent, globalement, une inscription au patrimoine mondial de l'Unesco, « de la même manière qu 'ont été inscrits les ouvrages fortifiés de la "Vaterlinie" hollandaise, il y a quelques années», souligne Alain Montferrand, directeur de l'Observatoire national du tourisme, mais aussi, président de l'association Vauban, qui a mis les compétences de cette dernière au service du nouveau réseau. L'approche du tricentenaire de l'anniversaire de la mort de Vauban, qui sera commémoré en 2007, a mis, en quelque sorte, l'eau à la bouche aux édiles et élus de Besançon, soucieux de relancer la notoriété de leur ville, héritière, entre autres, d'un exceptionnel ensemble fortifié, mis en place par celui qui permit au Roi-Soleil de défendre son « pré carré». « Besançon est un superbe livre d'histoire ouvert, avec comme élément structurant et emblématique sa citadelle Vauban, qui la surplombe. En lançant l'idée du réseau, nous avons voulu créer une dynamique d'appropriation très forte, par l'habitant, de son patrimoine», explique Paulette Guinchard-Kunstler, députée (PS) de la 2e circonscription bisontine. « C'est aussi, avec les autres villes adhérentes, valoriser l'uvre entière de Vauban, son humanisme et son universalisme, trop méconnus. Paradoxalement, la citadelle, objet militaire, adoucit la ville puisque, au-delà du souvenir, c'est un lieu vivant de loisirs », ajoute l'ancienne secrétaire d'Etat aux personnes âgées (2001-2002) dans le gouvernement Jospin. Embrassée par la boucle-lyre du Doubs, au pied de la colline de la citadelle, l'ancienne capitale des Séquanes, décrite par Jules César lors de sa conquête des Gaules, a de tout temps été habitée par l'homme et a toujours servi de verrou militaire. De la Vesantio gallo-romaine à un passé plus récent ; lorsqu'elle fut ville franche du Saint Empire romain germanique, ou encore capitale provinciale, en 1674, après la conquête de la Franche-Comté par Louis XIV. Jean-Louis Fousseret, le maire (PS) de Besançon, aime à énumérer d'un ton gourmand les nombreuses richesses de sa cité où le sabre et le goupillon, longtemps alliés, rivalisèrent d'opulence. Près de 200 monuments inscrits ou classés constituent un magnifique bâti religieux, militaire et civil des XVIIe et XVlir siècles, comme, notamment, ce pur joyau du baroque léger qu'est la chapelle Notre-Dame-du-refuge ou le palais Granvelle, de style Renaissance mâtiné d'esprit comtois et désormais siège, depuis 2002, d'un savant et ludique Musée du Temps. Un patrimoine embelli par la belle pierre bicolore gris bleu et beige ocre de Chailluz, extraite de carrières toutes proches. Mais l'on peut aussi évoquer une étourdissante volée d'escaliers extérieurs en bois ou en fer forgé, ornant les cours, pure tradition bisontine pour laisser plus de place aux logements. Le tout rehaussé par un grand nombre de jardins secrets ou publics, « pour mettre du vert dans la pierre, rafraîchir les ardeurs de l'été et rendre le séjour d'une saison morte moins austère » comme l'écrit Lionel Estavoyer, chargé de mission à la mairie. « DYNAMIQUE CULTURELLE » Et aussi, bien sûr, la citadelle militaire de Vauban et les forts coiffant les sept collines de la ville, qui attirent quelque 300 000 visiteurs par an. Sur la période 2002-2004, la municipalité a investi 2 300 000 euros (avec l'aide de l'Etat et des collectivités territoriales) pour la valorisation de son patrimoine historique. Alors avec de tels atouts pourquoi rechercher le label Unesco ? « Nous voulons une reconnaissance internationale de la ville. Pour cela, il fallait trouver une thématique forte et cohérente. Besançon, seule, ne pouvait y arriver. D'où la volonté de nous associer avec d'autres municipalités pour travailler en synergie et, grâce à un patrimoine commun, lancer une dynamique culturelle mais aussi économique », précise M. Fousseret. « Le label "Patrimoine mondial" obtenu, la citadelle sera le phare pour nous pousser à faire d'autres choses. Ce sera donc un départ et non une fin en soi », assure, de son côté, Michel Roignot, adjoint au maire, délégué à la culture. La reconnaissance du patrimoine fortifié de Vauban par l'Unesco, si elle devient effective, contribuera donc, pour les villes labélisées, à la protection et à sa mise en valeur culturelle et touristique. Elle permettra aussi de dynamiser, grâce à l'afflux espéré de touristes, l'économie locale et régionale. Gilbert Firletta, maire (apparenté gauche) de Mont-Dauphin (Hautes-Alpes), 115 habitants, créé ex nihilo par le génial « fortificateur » et exemple le plus achevé, avec Ville-franche-de-Conflent (Pyrénées-Orientales), de son premier système de défense en montagne, ne dit pas autre chose. « Avec ce projet d'association et d'inscription au patrimoine mondial, nous espérons donner un coup de pouce à la renaissance de notre village, entamée depuis une vingtaine d'années », affirme-t-il.
Des villes fortifiées par Vauban veulent être inscrites au patrimoine mondial par l'Unesco
Besançon, the birthplace of Victor Hugo, is preparing to network with other cities and towns to valorize its fortified patrimony. A dozen municipalities will meet on January 28 to establish an association grouping the most beautiful fortified sites built by Sébastien Le Preste, marquis de Vauban. The goal is to obtain a UNESCO World Heritage inscription for the sites, similar to the "Vaterlinie" Dutch fortifications. Alain Montferrand, director of the National Tourism Observatory, and president of the Vauban association, will oversee the project. The approach of Vauban's 300th anniversary in 2007 has sparked the idea of the network. Besançon's mayor, Jean-Louis Fousseret, aims to relaunch the city's reputation, which is rich in monuments, including the Vauban Citadel and the Granvelle Palace.
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