Comme l'a souligné le New York Times, il est rare que les hommes d'argent n'aient pas le dessus en matière d'art. C'est pourtant ce qui vient de se produire au Guggenheim, le musée de la Ve Avenue, devenu la première multinationale des arts plastiques, avec des "succursales" à Bilbao, Venise, Berlin et Las Vegas. A l'issue d'une réunion du conseil d'administration de la fondation, mercredi 19 janvier, le mécène Peter Lewis, président du conseil d'administration, a décidé de quitter le musée et de cesser de le financer. M. Lewis a cité des "différences d'approche". Il souhaiterait que le musée "se concentre plus sur New York, au lieu de se disperser aux quatre coins du monde". Le débat ressemble à un banal conflit de stratégie industrielle. D'un côté, on trouve le "manager", Thomas Krens. Spécialiste d'histoire de l'art mais également diplômé de l'école de management de Yale, où il a aussi enseigné la gestion des institutions culturelles. Il dirige la fondation Guggenheim depuis 17 ans et se décrit comme un iconoclaste. Il a monté des expositions qui ont suscité quelques haussements de sourcil : l'Art de la motocyclette, en 1978 ; une exposition de 400 costumes d'Armani (le couturier a offert en même temps 15 millions de dollars au musée). Il s'est ensuite assagi. Outre sa galerie permanente de Kandinsky, il présente actuellement une exposition sur l'Empire aztèque, organisée en collaboration avec plusieurs institutions mexicaines. Une exposition de Daniel Buren est prévue au printemps. RÉNOVER L'UVRE DE WRIGHT Depuis son arrivée, M. Krens a développé une stratégie d'expansion internationale. Grâce à Peggy Guggenheim, la nièce du fondateur, le musée a commencé par une antenne à Venise. En 1997, il a ouvert l'établissement de Bilbao, puis Berlin (avec l'aide de la Deutsche Bank) et Las Vegas. Il y a deux ans, Thomas Krens a conclu un accord avec la ville de Rio de Janeiro. Peter Lewis, le financier, a donné à lui seul 77 millions de dollars depuis 1993, soit plus que n'importe quel autre contributeur dans l'histoire de la fondation. Paradoxalement, c'est lui le "vrai" capitaine d'industrie. Il a fait fortune dans une compagnie d'assurances automobiles de Cleveland, dans l'Ohio. Pour lui, le Guggenheim ne doit pas devenir une chaîne de musées. Et, en tout cas, la priorité doit aller à "l'uvre principale" de la collection, à savoir la rotonde de Frank Lloyd Wright, l'architecte disparu en 1959, l'année de l'inauguration sur la Ve Avenue. En juin, M. Lewis a donné 15 millions de dollars pour la seule rénovation de la montée en spirale. Le musée de Bilbao a été un succès phénoménal (un million d'entrées par an depuis sa création, plus des contributions privées et une aide du gouvernement basque). Mais d'autres projets ont eu moins de succès. L'autre site new-yorkais, à Soho, a été fermé en 2001, faute de visiteurs, ainsi que le musée créé dans un casino de Las Vegas. On attendait 5 000 visiteurs par jour. Il en est venu moins de 2 000 en moyenne. Un musée virtuel, sur Internet, a aussi été un fiasco. UN ULTIMATUM AU DIRECTEUR En 2002, M. Lewis avait déjà lancé un ultimatum au directeur. Limiter les dépenses ou "commencer à rechercher un nouvel emploi", raconte le New York Times. Dans la presse étaient apparues pas mal de critiques, l'un des reproches étant que le Guggenheim dépense "trop en architecture et pas assez pour l'art". La fondation a licencié près de la moitié des 380 employés, mais M. Krens n'a pas changé de stratégie : être le premier musée global. Des villes, comme Guadalajara, au Mexique, voudraient copier "l'effet Bilbao" et être sur la carte du tourisme international. Taïwan a des visées plus politiques. Chaque ville candidate doit apporter un financement propre. La fondation facture un droit de franchise initial et éventuellement des royalties annuelles. "Le Guggenheim peut-il se permettre de ne pas être dans l'Antarctique ?", demandait ironiquement le Wall Street Journal après l'annonce du projet de Rio. Apparemment, M. Krens l'a emporté, pendant la réunion du conseil d'administration. Privé de son mécène principal, le musée devra trouver d'autres donateurs. Après les attentats de septembre 2001, le Guggenheim avait perdu 20 de ses visiteurs. M. Krens affirme qu'il les a pratiquement retrouvés.
New York. Sa stratégie mondiale prive le Guggenheim de son mécène principal
The New York Times reported that Peter Lewis, the president of the Guggenheim's board of directors, has decided to leave the museum and stop funding it. Lewis cited "differences in approach" as the reason for his departure. Thomas Krens, the museum's director, has been in charge for 17 years and has a background in art history and management. Krens has expanded the museum's international presence, opening new locations in Bilbao, Venice, Berlin, and Las Vegas. Lewis has been the largest contributor to the museum, donating $77 million since 1993. However, Lewis wants the museum to focus on New York, rather than expanding globally. The museum's collection includes the famous Frank Lloyd Wright-designed rotunda. Lewis has donated $15 million for the rotunda's renovation. The museum has had mixed success with its international locations, with the Bilbao location being a success, but others failing.
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