Des historiens s'opposent à un programme immobilier prévu près d'une chapelle ornée de ses fresques. Stupeur et tremblements à Padoue. L'un des monuments italiens les plus importants de l'histoire de l'art mondial serait menacé. La chapelle des Scrovegni, modeste d'extérieur mais dont l'intérieur est entièrement orné de fresques à fond bleu peintes par Giotto, sortira-t-elle indemne d'un projet immobilier voisin? Une pétition circule pour dénoncer le risque induit par la mise en chantier d'un immeuble haut de 104 mètres et d'un auditorium, le tout situé à moins de 200 mètres du chef-d'uvre du maître de la pré-Renaissance. «Déjà un parking vient d'être achevé, il va modifier l'absorption des précipitations, s'alarme l'historienne Chiara Frugoni dans un appel international sur le site Internet storiedellarte.com. Nous sommes sur la même couche hydrogéologique.» L'année dernière, la ville a commandé une étude sur les conséquences de la construction des nouveaux bâtiments. Sans se prononcer contre, elle indique bien que le sous-sol de l'auditorium sera en relation avec celui de la chapelle. Chiara Frugoni est aujourd'hui soutenue par plusieurs dizaines d'homologues, de spécialistes du patrimoine et d'intellectuels. Tous demandent au moins le renforcement de la protection des fondations de la chapelle, si possible en organisant un concours international. Dimanche, le journal Il Fatto Quotidiano et le site www.patrimoniosos.it ont à leur tour relayé la demande. Et le quotidien national La Repubblica a publié le 2 février un entretien avec Salvatore Settis, un éminent archéologue qui se prononce contre, alors même que le maire adjoint annonce d'autres évaluations. Ce dernier rappelle la nécessité pour sa commune, traditionnel haut lieu de concerts, de se doter d'une maison de la musique. Quelque 60 millions d'euros pourraient être investis dans le projet, selon le journal. «Mais quels seraient les bénéfices générés par les nouveaux bâtiments comparativement aux fresques de Giotto?, s'interroge Chiara Frugoni. Inutile de chercher, il n'y a pas de prix.» Restauration en 2002 Le cycle de peintures murales, chef-d'uvre du Trecento, qui comprend le célèbre Baiser de Judas, avait été commandé par Enrico Scrovegni, banquier et homme d'affaires padouan. Son père, un usurier, est bien connu: Dante le précipite en enfer au chant dix-septième de sa Divine comédie. Bien sûr, personne ne souhaite un sort comparable aux promoteurs. Chiara Frugoni entend seulement leur rappeler que d'exceptionnels moyens sont déjà déployés pour éviter toute dégradation. La ville a acquis la chapelle en 1881 et fait restaurer les fresques en 2002. L'édifice s'est alors vu doté d'une boîte en verre s'ouvrant toutes les trente minutes aux visiteurs. Ceux-ci ne peuvent se lever de leur siège et, avant d'admirer le cycle de Giotto, doivent avoir passé quinze minutes dans un sas climatisé et aseptisé.