Dilemme à Florence : faut-il abimer une uvre de Giorgio Vasari qui pourrait recouvrir un Vinci ? Matteo Renzi, le fougueux et médiatique maire de Florence, est-il un « vandale » ? Peut-il légitimement rechercher une fresque de Léonard de Vinci, La Bataille d'Anghiari, sous celle de Giorgio Vasari, représentant la bataille de Marciano dans le salon des Cinq-Cents du Palazzo Vecchio? De son cóté, Tomaso Montanari, tout aussi fougueux professeur d'histoire de l'art à l'université de Naples, a-t-il raison d'insinuer que l'élu, en prenant le risque d'endommager une uvre pour en trouver une autre, se livre à une simple « opération de marketing » ? Une fois n'est pas coutume, dans cette histoire, tous les arguments sont justes. L'histoire fait grand bruit depuis que les travaux de recherche, autorisés par le maire et parrainés pour 250.000 dollars (presque 189.000 euros) par la revue National Geographic contre une exclusivité, ont été interrompus par la justice. Le parquet de Florence a été saisi d'une plainte de l'influente association de protection du patrimoine, Italia Nostra. Une pétition lancée par M. Montanari a recueilli 400 signatures d'experts, d'historiens de l'art, de directeurs de musées du monde entier. Depuis, les carabiniers sont grimpés sur les échafaudages pour faire leurs expertises. Pour comprendre les données du débat, un retour en arrière de cinq bons siècles s'impose. En 1505, Léonard peint La Bataille d'Anghiari, « sa plus belle uvre », selon ses contemporains. En 1563, Vasari exécute sa bataille à lui. Plusieurs théories s'affrontent. Pour les uns, la technique utilisée par Vinci n'aurait pas permis la conservation de l'uvre. Pour les autres, les Médicis auraient demandé à Vasari de la recouvrir parce quelle célébrait une victoire dans laquelle ils n'étaient pour rien. « Cherche et trouve» Mais il existe une troisième théorie. Vasari se serait plié aux ordres de ses puissants commanditaires, mais en faisant en sorte de laisser l'uvre de Vinci intacte grâce à un système de double mur. La preuve, selon les partisans de cette hypothèse ? Cette minuscule banderole sur sa fresque ou se trouvent deux mots mystérieux : «Cerca trova» (« Cherche et trouve »). Voilà trente-cinq ans que l'« ingegnere » Maurizio Seracini, professeur à l'université de San Diego (Californie), est persuade que l'uvre de Vinci repose sous celle de Vasari, intacte, espère-t-il. Il a introduit des microcaméras et des microsondes dans le Vasari. «Il a fait des trous ! », s'étranglent ses adversaires. « Nous nous sommes servis des fissures existantes », rétorque M. Renzi. Les résultats des premières analyses sont attendus fin janvier 2012. Pour M. Montanari, cette recherche est une imposture à la Dan Brown, l'auteur de Da Vinci Code: « Que pensent-il trouver? Une carte de visite avec un mot de la main de Vinci : "Bien joué les gars!"? Déjà, à l'époque, on connaissait la technique pour déplacer les fresques. Vasari n'était ni fou ni sadique : pourquoi ne l'aurait-il pas fait comme il l'a fait avec Boticelli dans l'église de Tous-les-Saints? M. Renzi veut faire du marketing avec l'histoire de l'art. » Le maire, lui, promet de poursuivre en justice ceux qui l'accusent de «vandalisme ». A l'heure ou la sauvegarde du patrimoine et la recherche passent, en Italie, de plus en plus par des financements privés, ce débat ne fait que commencer. Le risque est grand de voir les sponsors « romancer » les travaux qu'ils financent afin de les rendre plus médiatiques. «L'objectif de l'histoire de fart est de former des citoyens. Le marketing forme des clients », s'inquiète M. Montanari. «Je ne suis pas dans cette logique, répond le maire. Mais ces experts manquent de curiosité. Comment peuvent-ils être si sûrs d'eux et refuser la recherche des preuves ? Et si nous réussissons ? Je voudrais voir leurs têtes ! De plus, ce sera un événement mondial !»
Firenze, Vasari. Une fresque peut en cacher une autre
Here is a summary of the article in 200 words:
The mayor of Florence, Matteo Renzi, is under fire for allegedly covering up a possible Leonardo da Vinci painting, "La Bataille d'Anghiari", beneath a fresco by Giorgio Vasari in the Palazzo Vecchio. Renzi's actions have sparked a heated debate among art historians and experts, with some accusing him of vandalism. Tomaso Montanari, a professor of art history, has launched a petition to investigate the claim, which has garnered 400 signatures from experts worldwide. The controversy began when Renzi's research, funded by National Geographic, was halted by the justice system. The investigation is ongoing, with experts using microcameras and microsondes to examine the fresco. Some believe that Vasari may have intentionally left the da Vinci painting intact, while others think it was simply covered up.
Artista / Persona
Bene culturale
Luogo