On les appelle les « trois soeurs ». Ce sont les trois abbayes cisterciennes de Provence : Sénanque, Silvacane et Le Thoronet. Jusqu'à présent Sénanque demeurait à part, encore habitée par quelques moines, mais Le Thoronet et Silvacane étaient toutes deux propriété de l'Etat, gérées par la même administratrice du Centre des monuments nationaux, Joëlle Barthez. Désormais, seule Le Thoronet restera à l'Etat, Silvacane étant proposée à la collectivité qui en voudra. . « Evidemment, j'ai plaidé pour que les deux monuments conservent le même statut, dit Joëlle Barthez, et soient soumis, de ce fait, à la même politique de conservation, mais le ministère n'a pas jugé bon de garder Silvacane qui, bien que plus banale que Le Thoronet, est tout de même un monument remarquable. » Le Thoronet, en revanche, fait partie de ces monuments exceptionnels qui méritent de faire partie intrinsèque du patrimoine national. « Le Thoronet est un lieu emblématique pour plusieurs raisons, poursuit Mme Barthez. D'abord par sa beauté, sa pureté, la nature même de sa pierre, un calcaire légèrement rosé, et surtout par son unité architecturale. » L'abbaye, perdue dans les collines boisées du Var, n'a en effet jamais subi un seul rajout depuis sa construction en 1160 et, bien qu'elle ne soit pas une « abbaye mère d'un ordre religieux », comme le demandait Jean-Pierre Bady dans son premier rapport, elle demeure un site unique au monde. «r Le Thoronet est un monument de référence dans l'histoire de l'architecture. Des gens comme Le Corbusier, Fernand Pouillon, s'y sont intéressés, ont écrit dessus. Elle possède une acoustique extraordinaire, elle est la seule à n'avoir aucun chapiteau sculpté et à dégager une telle charge émotionnelle. En ce sens, elle constitue l'archétype du dépouillement, de l'austérité et du minimalisme que prêchait saint Bernard de Clairvaux. » Un temps, le ministère a hésité puisque Le Thoronet a figuré, en 2003, sur la première liste de monuments encore en balance, mais, dès le rapport de René Rémond, l'hypothèque a été levée. Quant à savoir ce que va devenir Silvacane... La première collectivité à laquelle on songe est, bien sûr, la commune de La Roque-d'Anthéron, sur laquelle elle se trouve. Mais, si cette charge est trop lourde pour une municipalité relativement petite, la ville peut se tourner vers la communauté de communes du pays d'Aix, très bien dotée en revanche puisqu'elle perçoit la taxe professionnelle de l'immense zone commerciale des Milles et ne possède aucun autre monument historique à sa charge. Le département ne semble pas intéressé. En dernier ressort, il reste la région Paca, dont le président, Michel Vauzelle, avait, dès l'annonce de la décentralisation, proclamé son intention de récupérer pour la région l'ensemble du patrimoine. Même s'il a fait légèrement marche arrière depuis, il n'est pas impossible qu'il s'intéresse à cette très belle abbaye.