La législation française de protection des monuments historiques, malgré les attaques qu'elle a subies récemment, permettrait encore de protéger de manière efficace notre patrimoine si elle était mise en application à chaque fois qu'elle s'avère nécessaire. Nous entamons avec cet article une nouvelle série qui se penchera, hélas, sur les nombreux cas où un monument subit ou risque de subir un vandalisme que l'on pourrait éviter simplement si le ministère de la Culture et ses directions régionales jouaient leur rôle de manière efficace. Le château d'Ancenis en Loire-Atlantique, menacé par une construction moderne et particulièrement inélégante qui doit abriter les services administratifs décentralisés du Conseil général, est un exemple presque caricatural de cette démission de l'administration. Cas d'école s'il en est, car tout ou presque est scandaleux dans cette affaire entièrement menée par une municipalité, par un département, par un architecte en chef des monuments historiques on verra comment et par l'Etat, représenté par l'architecte des bâtiments de France et la DRAC. Soit uniquement des collectivités territoriales et des fonctionnaires qui devraient avoir pour seul objectif l'intérêt public. Rarement le terme de vandalisme officiel aura été mieux employé. Situé non loin de Nantes, aux Marches de Bretagne, le château d'Ancenis fut construit en 984, époque dont il conserve encore quelques témoignages. Tel qu'il est parvenu jusqu'à nous, l'édifice possède une grande porte fortifiée du XVe siècle (ill. 1) dont le système de défense est unique en France (pont-levis couvert disposé en chicane, galerie voutée, coudée, avec herse), des vestiges de l'enceinte médiévale (ill. 2) et une tour de guet, également du XVe siècle (ill. 3), un logis Renaissance du XVIe siècle (ill. 4), une chapelle du XVIIe et un pavillon, dit de Marie Fouquet, du XVIIe siècle. L'ensemble (façades et toitures) des bâtiments et les restes de l'enceinte ont été classés monument historique en 1977.