A Athènes, le bâtiment conçu par Bernard Tschumi doit ouvrir le 20 juin. Sans les frises détenues par Londres Athènes Le nouveau Musée de l'Acropole, à Athènes, est un bâtiment presque maudit, tant les polémiques ont entouré sa difficile naissance. Alors que les premiers projets datent d'il y a trente ans, il devait être inauguré enfin le samedi 20 juin. Et pourtant, après avoir descendu 300 mètres à pied depuis le Parthénon, temple le plus célèbre de la civilisation occidentale, quand on entre dans ce sanctuaire flambant neuf signé par l'architecte suisse Bernard Tschumi, avec l'aide du Grec Michalis Fotiadis, on oublie les polémiques. Difficile alors de ne pas être bouleversé. Ici sont rassemblés quelque 4000 objets, dont 300 au moins sont des chefs-d'uvre. Le parcours, qui va de 1 000 ans avant J.-C. jusqu'à 700 après J.-C., donne au visiteur un panorama détaillé d'une présence humaine sur un site sacré représentant l'essence de la culture classique dans le monde antique. L'ensemble se développe sur 21 000 m2, à comparer aux 1450 m2 de l'ancien musée, toujours présent et triste, là-haut, à côté de l'Acropole. Certaines uvres sont sorties des réserves, d'autres ont été extraites du sol même dans lequel ont été plantés les piliers de béton qui portent ce nouveau temple de la culture hellénique, entouré par 7,5 hectares de jardins paysagers. Cela pourrait suffire à notre bonheur. Mais voici qu'au dernier niveau du Musée, dans une immense boite de verre, resurgit le spectre du Parthénon, et avec lui la sinistre affaire des frises, des métopes et des sculptures du fronton, que l'Ecossais Lord Elgin, alors ambassadeur du Royaume-Uni à Constantinople, fit arracher, de 1801 à 1804, avec l'autorisation du sultan (l'Empire ottoman continuera d'imposer sa loi à la Grèce jusqu'en 1830). Pillage légal? Achat forcé? Le droit international est encore celui de la guerre. Toujours est-il que, en 1816, Elgin, ruiné, vend au British Museum « sa » monumentale collection enrichie par quelques autres excursions pour pas grand chose: 35 000 livres. La polémique naît avant cette vente, puisque Lord Byron se fait l'avocat des Grecs dès 1811: « Nous avions échappé aux ravages du Turc et du Goth? Ton pays nous envoie un barbare pire que ces deux-là réunis. » Devenue ministre socialiste de la culture en 1981, l'actrice et chanteuse Melina Mercouri réclamera en vain la restitution des frises, dont certains fragments se trouvent aussi dans des musées européens comme le Louvre, au Vatican, à Vienne... Tète tranchée net Or voici que le Musée de l'Acropole révèle en son entier ce que serait la frise complète, les Britanniques ayant accepté de réaliser, il y a une vingtaine d'années, des moulages des fragments qu'ils possèdent. Les 160 mètres de frises originaux ou moulages reproduisent à l'identique les proportions du Parthénon. L'effet est saisissant. Dehors, à l'air libre, on distingue clairement le Parthénon mutilé, harnaché d'échafaudages pour une torture dont aucun archéologue ne laisse espérer la fin. A l'intérieur du bâtiment de Tschumi, la réintégration des fragments laissés sur place dans la suite des moulages crée un double sentiment de perfection et de malheur. Une tête originale de jeune guerrier, tranchée net, flotte sur un corps moulé dans le plâtre couleur Chantilly. Ailleurs, les chevaux et les corps fragmentés, magnifiques (on les attribue à Phidias et à ses aides), parlent davantage de la violence du pillage que de la procession des Panathénées. Inutile de dire qu'à l'instar d'un nombre grandissant de personnalités dans le monde, y compris britanniques, la question de la légitimité du retour des frises à Athènes ne se pose pas plus pour Tschumi que pour Dimitrios Pandermalis, conservateur et créateur d'un musée qui aura lui-même vécu tous les avatars de la passion patrimoniale et architecturale. Abrégeons la souffrance pour s'en tenir aux dix dernières années, celles de l'ère Tschumi: il remporte le concours en 2001, et l'entente semble avoir été cordiale entre lui, Pandermalis, et les acteurs grecs de cette pièce inachevée, qui aura côté 130 millions d'euros. Les polémiques n'ont pourtant pas cessé, empéchant l'ouverture du Musée pour les Jeux olympiques d'Athènes en 2004 deux siècles après le départ du dernier bateau d'Elgin. Dernière friction en date le British Museum a proposé début juin de prêter au nouveau Musée les frises, cadeau empoisonné pour les Grecs, qui estiment que leur acceptation « légaliserait le pillage ». Modernité pure et dure A flanc de colline, la présence du Musée passe difficilement inaperçue. Mais tel n'est pas le but, dans une Athènes au demeurant moins blanche et plus récente dans sa forme actuelle que les restes de la vieille ville ne le laissent penser. Dominant un champ de fouilles, o ses piliers sont plantés selon les directives des archéologues, le bâtiment laisse une impression d'étrangeté architecturale, voire de brutalité. Une modernité pure et dure imposée en partie par les règles sismiques, les contraintes archéologiques, la volonté de faire face au Parthénon il se reflète dans la baie vitrée supérieure et de domestiquer un soleil souvent peu clément. Les espaces intérieurs (complétés par un auditorium de 200 places, un espace multimédia, une boutique, un bar et un restaurant) sont à peine moins rigides. Mais cela permet aux uvres exposées d'exprimer leur propre douceur, la finesse redécouverte des drapés, parfois le souvenir de leurs couleurs. Et le parcours enfin se révèle dune grande intelligence pour le public et pour la politique. Un piège en tout cas dangereux pour le British Museum.
Le Musée de l'Acropole, bouleversant et maudit
A new museum, the Museum of the Acropolis, is set to open in Athens on June 20. The building, designed by Swiss architect Bernard Tschumi, has been the subject of controversy due to its complex history. The museum will feature over 4,000 objects, including 300 masterpieces, and will showcase a 1,000-year timeline of human presence on the Acropolis site. The museum's design is a blend of modern and ancient styles, with a large glass roof and a unique layout. The building's exterior is dominated by a large glass bay, which allows natural light to enter the space. The museum's interior features a range of spaces, including an auditorium, a multimedia room, a shop, a bar, and a restaurant. The museum's collection includes fragments of the Parthenon's frieze, which were removed by Lord Elgin in the early 19th century.
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