"Nous en sommes sûrs à 100 , ce crâne n'est pas le sien" : le paléontologue Vito Terribile Wiel Marin a confirmé les craintes de la communauté scientifique et littéraire : si le corps enfermé dans le tombeau de marbre d'Arqua Petrarqua, une petite commune près de Padoue, est bien celui du poète Francesco Petrarca, la tête, elle, sûrement pas. Les analyses ADN pratiquées sur une dent et un morceau de côte sont formelles et montrent en effet que ces reliques, prélevées dans le tombeau où la dépouille avait été transférée en 1380, six ans après la mort de Pétrarque, "appartiennent à deux individus différents". Depuis le 18 novembre 2003, date de l'ouverture de la tombe, une équipe de quatorze scientifiques internationaux travaille à l'identification des restes du poète, dont on célèbre cette année le 700e anniversaire. Le crâne a été reconstitué à partir des nombreux fragments retrouvés, puis analysés et modélisés par ordinateur dans un centre de recherche de Tucson, en Arizona. Ils ont ensuite été comparés aux divers portraits connus du poète. Sans attendre les résultats complets et détaillés de cette recherche, le crâne est cependant apparu bien petit pour la corpulence de Francesco Petrarca, un colosse, pour l'époque, qui mesurait 1,80 mètre. Désormais, l'énigme se pose en ces termes : qui a volé et remplacé la tête du grand homme ? Les experts privilégient trois pistes. Un moine ivrogne, Tommaso Martinelli, a été condamné à l'exil en 1630, pour avoir violé la tombe d'Arqua Petrarca et dérobé des ossements afin de les revendre. Le crâne figurait-il au butin, qui ne fut jamais retrouvé ? Deuxième hypothèse : une précédente opération d'identification, menée en 1873 par un professeur de Padoue, Giovanni Canestrini, s'est achevée en désastre. Le crâne s'est désagrégé entre les mains du savant qui, dit-on, l'a reconstitué tant bien que mal. L'aurait-il carrément remplacé ? Enfin, lorsque les restes de Pétrarque furent déplacés dans les sous-sols du Palais ducal de Venise, de 1943 à 1946, pour le préserver des bombardements, ils auraient pu faire le bonheur d'un hiérarque fasciste ou nazi épris de littérature. "Théoriquement, nous pourrions encore ouvrir une enquête pour profanation de cadavre et recel", a confié avec un sourire le magistrat vénitien Carlo Nordio au quotidien La Repubblica du 5 avril. Le recel, en la matière, n'est pas prescriptible en Italie. Pour sa part, le paléontologue Vito Terribile Wiel Marin s'est adressé "à qui possède le crâne de Pétrarque" en lui demandant, dans un appel solennel, à le restituer "même de manière anonyme".