Le ministère de la culture participe dans la douleur à l'effort général de désendettement de l'Etat. Exigée par la commission des finances de l'Assemblée nationale, la vente de deux hôtels particuliers parisiens du ministère, ceux de Kinsky (7e arrondissement) et de Vigny-Croisilles (3e arrondissement), dont la procédure avait commencé au mois de septembre (Le Monde du 26 septembre 2006), vient d'être conclue. Au total, les cessions immobilières du gouvernement ont rapporté à l'Etat 800 millions d'euros en 2006, a indiqué vendredi 12 janvier le ministre délégué au budget, Jean-François Copé. Très discret sur le détail de ces transactions, le ministère de la culture indique avoir reçu "plusieurs offres" d'achat pour chacun des deux hôtels particuliers. Des offres "situées autour de l'estimation du service des Domaines". Kinsky, un hôtel du XVIIIe siècle de 3 500 m2 avec jardin, était évalué 28 millions d'euros. Selon nos informations, le prix d'achat serait sensiblement au-dessus. L'hypothèse d'une résidence pour chefs d'Etat et cadres dirigeants africains a été évoquée. Les hôtels jumelés de Vigny et de Croisilles, 3 800 m2 avec jardin, bâtis au XVIIe siècle, étaient estimés à 22,5 millions d'euros. Des fuites annoncent un prix d'achat plus proche de 27 millions d'euros ; et un acheteur britannique, qui transformerait les bureaux en hôtel de luxe ou en appartements vendus à la découpe. Le ministère de la culture doit désormais verser un loyer aux nouveaux propriétaires, le temps de préparer le déménagement de ses services. Avec l'engagement d'avoir libéré les lieux au plus tard le 31 décembre 2008. L'hôtel de Vigny-Croisilles héberge, outre la Fondation du patrimoine et l'Association Lartigue, la Médiathèque du patrimoine, dont le fonds de documentation sur les monuments historiques est inestimable et ouvert au public. Kinsky est le siège de la direction de la musique, de la danse, du théâtre et du spectacle (DMDTS) et de ses 160 agents. Leur relogement est très problématique. Pour la Médiathèque, qui doit répondre à la fois aux normes d'accueil du public et à celles de conservation des archives, le ministère s'est engagé à trouver un point de chute éloigné de Paris d'une station de métro au maximum, mais n'a encore aucune solution. Le Palais de Tokyo a été évoqué pour l'Association Lartigue, sans plus. Les difficultés du déménagement se doublent de la colère de certains députés devant la volonté du ministère de la culture de remplacer en partie les immeubles vendus par des locations. La DMDTS et la Fondation du patrimoine s'installeraient ainsi dans 2 500 m2 de bureaux au Louvre des antiquaires, à proximité de la rue de Valois, siège du ministre. Une dépense qui limitera le bénéfice des ventes. La commission des finances de l'Assemblée nationale reproche vivement au ministère de la culture de ne pas loger tous ses agents dans son nouveau siège, rue des Bons-Enfants (1er arrondissement), inauguré en janvier 2005 au prix de 76 millions d'euros de travaux. Dans un rapport préparatoire au projet de loi de finances pour 2007, la commission s'étonnait qu'aux Bons-Enfants "seuls 9 800 m2, sur une superficie totale de 19 000 m2, (soient) occupés par des bureaux". La moitié de la surface de ces deux bâtiments réunis par l'architecte Francis Soler est affectée à des salles de réunion, un restaurant, des espaces d'accueil et d'exposition... "Les engagements pris par le ministère de la culture lors du lancement du projet sont loin d'avoir été respectés", estiment les députés. Outre Kinsky et Vigny-Croisilles, le ministère conserve des immeubles rue de Louvois, rue des Pyramides et rue du Renard. La commission juge que la culture "n'a pas encore élaboré une politique immobilière adaptée et efficace, comme en témoigne son schéma pluriannuel de stratégie immobilière, approximatif et indigne des services d'un ministère ouvert sur l'excellence". Convoqué devant la commission des finances le 14 novembre 2006 pour s'expliquer sur sa politique immobilière, le ministre de la culture, Renaud Donnedieu de Vabres, a fait l'objet de violentes critiques. Le président de la commission, Pierre Méhaignerie, a jugé que la culture était une "poche de résistance" à la bonne gestion du patrimoine de l'Etat et demandé au ministre "de communiquer par écrit à la commission l'évolution, depuis vingt ans, du nombre de mètres carrés occupés dans Paris par le ministère. Il est probable qu'elle fera apparaître une progression vertigineuse". "Ce document est en préparation. Il montrera une baisse du nombre de mètres carrés", assure au contraire Fabrice Benkimoun, conseiller technique auprès du ministre de la culture. Le ministère de la culture rappelle de son côté que les Bons-Enfants ont permis de regrouper 80 du personnel (soit un millier d'agents) à proximité de la rue de Valois et d'économiser 4 millions d'euros par an en loyers. Pouvait-on y loger tout le monde ? "Ce sont des bâtiments historiques, on ne pouvait pas y créer autant de bureaux que dans un immeuble neuf, estime M. Benkimoun. Sauf à boucher une cour ou à rajouter deux étages, ce qui n'aurait pas été conforme à notre mission d'exigence architecturale." "Beaucoup de mètres carrés sont perdus", dénonce la CFDT-Culture, tandis que la CGT-Culture estime que, "même si l'architecture dégage de grands espaces inutiles, la situation n'est pas rattrapable". Le ministère assure que la surface moyenne de bureau par agent aux Bons-Enfants est dans la norme : 10,95 m2. Et souligne qu'il s'attache, dans sa recherche de nouveaux locaux, "à diminuer la surface consommée. Au Louvre des antiquaires, la DMDTS occupera 1 000 m2 de moins qu'à l'hôtel Kinsky grâce à la meilleure organisation des locaux". Surtout, signale un acteur du dossier, "l'immobilier n'est qu'un coût induit, qui dépend du nombre d'agents". Autrement dit, les vraies économies et le regroupement total aux Bons-Enfants passeront, dans une prochaine étape, par une réduction accrue des effectifs du ministère.
Polémique autour des ventes immobilières de la culture
Le ministère de la culture participe à l'effort de désendettement de l'État. La vente de deux hôtels particuliers parisiens, Kinsky et Vigny-Croisilles, a été conclue. Les cessions immobilières du gouvernement ont rapporté 800 millions d'euros en 2006. Le ministre délégué au budget, Jean-François Copé, a indiqué que plusieurs offres d'achat ont été reçues pour les deux hôtels. Le prix d'achat de Kinsky est estimé à 28 millions d'euros, tandis que celui de Vigny-Croisilles est estimé à 22,5 millions d'euros. Le ministère de la culture doit désormais verser un loyer aux nouveaux propriétaires.
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