Est-ce l'engouement suscité par le musée parisien du Quai Branly? De Rennes à Toulouse en passant par Issoudun, les conservateurs redécouvrent leurs collections d'objets extra-européens Depuis quelque temps, les « primitifs» réapparaissent dans les vitrines des musées régionaux. Le Musée des beaux-arts de Rennes a sorti les siens de ses réserves, le temps d'une exposition. Ils sont aussi au centre du Musée d'art et d'histoire de Rochefort, qui a rouvert ses portes le 16 décembre. Le Muséum d'histoire naturelle de Rouen va montrer, à partir du 23 février, quelques chefs-d'oeuvre méconnus venus du Pacifique. Issoudun, La Rochelle, Toulouse, Lyon et Angoulême préparent des opérations semblables. De l'ancien hôtel Hèbre de Saint-Clément, à Rochefort, il ne reste que deux façades. Derrière ces murs du XVIII' siècle, l'architecte Pierre-Louis Faloci a construit un bâtiment de verre et béton, organisé sur quatre niveaux, autour d'un vaste atrium. Les collections retracent l'histoire de celle ville nouvelle posée sur les bords de la Charente, par Colbert, tête de pont pour des explorations et des voyages au long cours, scientifiques ou militaires. Les navigateurs, les savants, les soldats, les administrateurs coloniaux ont rapporté quelques pièces de leurs pérégrinations. Elles sont de valeurs inégales, mais, pour la plupart, fort bien documentées terres cuites funéraires agni (Côte-d'Ivoire), sculptures indiennes (belle effigie du dieu Ganesh), armes japonaises, porcelaines chinoises, et surtout un bel échantillon d'objets venus des Iles du Pacifique, notamment grâce aux frères Lesson, qui participèrent à des expéditions maritimes au début du XIX' siècle. Le musée charentais s'est d'ailleurs associé avec le Centre Jean-Marie-Tjibaou de Nouméa pour mettre en valeur sa collection kanak. Des artistes contemporains vivant en Nouvelle-Calédonie ont laissé, après un séjour à Rochefort, des sculptures guère convaincantes, mais cette confrontation sera peut-être fructueuse. A Issoudun, le Musée de l'hospice Saint-Roch a reçu en 2002 d'importantes collections d'arts primitifs (1 000 pièces, essentiellement de Papouasie Nouvelle-Guinée) données par la congrégation des missionnaires du Sacré-Cur, rejointes par la donation de Cécile et Fred Deux, artistes qui habitent la région. L'établissement est aujourd'hui fermé pour agrandissement. Le Muséum de La Rochelle (arts polynésiens provenant notamment des voyages de Dumont d'Urville), lui aussi en travaux, doit rouvrir en juin 2007. Comme celai d'Angoulême (très bel ensemble africain), qui devrait rouvrir en 2008. Le Muséum de Toulouse a récupéré sa grande sculpture nimba (Guinée); elle sera au centre de ses collections d'arts primitifs, qui seront présentées en 2008. Le Musée des confluences de Lyon, héritier du Muséum d'histoire naturelle, doit ouvrir en 2009 son bâtiment futuriste à la pointe de la presqu'île, entre Saône et Rhône. Mais son directeur, Michel Côté, expose déjà régulièrement ses collections extra-européennes, qu'il complète par ses achats. A Rouen, le Muséum, fermé depuis des années, présente dans quelques jours les pièces majeures rapportées du Pacifique, dans les années 1830, par l'amiral Cécille. Notamment une proue de bateau maori, «chef-d'uvre considérable », estime Roger Boulay, qui achève l'annuaire des collections océaniennes de 112 musées de France. Il a ainsi repéré quelques trésors comme la collection de Mgr Douarre, premier évêque de Nouvelle-Calédonie, conservée au Musée Bargoin de Clermont Ferrand (une perche des Îles Cook, unique dans les collections françaises », affirme-t-il). Au Musée de Dieppe, le chercheur a repéré 60 pièces océaniennes, un résultat modeste « Mais il s'agit des vestiges de l'expédition menée par l'amiral Duperré, à bord de La Coquille, dans les années 1830, dont un précieux cahier rempli d'échantillons de tapas [tissus à bases de fibres végétales] ». Elle est révolue l'époque où le Musée d'art et d'histoire de Saint-Brieuc mettait sur le trottoir, sans états d'âme, des pièces « exotiques » tirées des réserves de la caserne Charner où il était installé ; c'était dans les années 1960, mais au milieu des années 1990, le conservateur du Musée des beaux-ans de Lille expédiait encore ses collections d'arts primitifs au Muséum d'histoire naturelle, pour faire la place à une collection de marbres académiques du XIX siècle. Aujourd'hui, le « primitif » l'expression « arts premiers » n'a pas convaincu - a le vent en poupe. Pourquoi cet engouement? Il y a incontestablement eu un « effet quai Branly ». Les conservateurs de musée comme le public ont vu les projecteurs de l'actualité braqués sur ces pièces. Roger Boulay remarque que les opérations pédagogiques, les conférences ou les présentations de ces objets font le plein auprès de tous les types de visiteurs. Et on assiste à un envol du prix de ces pièces sur le marché de l'an le masque blanc du Ngil fang vendu par les héritiers du collectionneur et marchand Pierre Véritè, a été adjugé, en juin 2006, 5 millions d'euros. Les élus, eux aussi, sont devenus sensibles à ces collections dont les valeurs d'assurance grimpent tous les jours. « Prosaïquement, ce qui a de la valeur est digne d'être montré », constate Claude Stéfani, attaché de conservation au Musée de Rochefort, et qui avait déjà inventorié les collections océaniennes du Musée de Chartres. Il remarque que le désintérêt pour les collections d'outre-mer avait coïncidé « avec la décolonisation; l'intérêt revient quand cette page d'histoire a été tournée, non sans mal ». « Aujourd'hui, explique François Coulon, conservateur au Musée de Rennes, privilégier le discours anthropologique par rapport au discours esthétique, ou l'inverse, est totalement obsolète. Parce que ces collections concernent, à différents titres, les Français de toutes origines, à commencer par ceux dont les racines sont, par exemple, africaines ou océaniennes. Ces témoignages font partie, qu'on le veuille ou non, de notre patrimoine. Mais, du coup, il faut cesser d'avoir un point de vue occidentalocentriste. » Claude Stéfani appelle de ses vux la mise en place d'un réseau d'établissements concernés par les arts extra-européens. Le Musée du quai Branly, hier menaçant (il était soupçonné de vouloir siphonner les plus belles pièces des musées de province pour les exposer à Paris), a déjà engagé un début de collaboration avec les principaux établissements des régions.
Trésors exotiques dans toute la France
The Parisian Museum of the Quai Branly has sparked a renewed interest in the region's museums. The Musée des Beaux-Arts in Rennes has released its collection of non-European objects, which will be on display for an exhibition. The Musée d'Art et d'Histoire in Rochefort has also opened its doors, featuring a collection of primitive art. The Musée du Muséeum d'History Naturelle in Rouen will showcase some unknown Pacific artifacts starting from February 23. Several other museums in the region, including Issoudun, La Rochelle, Toulouse, Lyon, and Angoulême, are preparing similar exhibitions. The Musée du Quai Branly has partnered with several regional museums to promote its collection of non-European art. The museum's architect, Pierre-Louis Faloci, has built a building of glass and concrete, organized around a large atrium, to house the museum's collections.
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