PrĂȘter des oeuvres d'art Ă  l'Ă©mirat d'Abou Dhabi dans le cadre d'une coopĂ©ration culturelle d'Etat Ă  Etat, ce n'est pas vendre les musĂ©es français. Faire circuler la collection du MusĂ©e national de l'Orangerie pendant sa fermeture pour travaux et recueillir ainsi du mĂ©cĂ©nat, obtenir une Ă©tape en France de l'exposition Barnes grĂące Ă  l'amodiation de dispositions testamentaires et permettre au public et aux mĂ©cĂšnes français de contribuer Ă  la restauration de la Fondation Barnes, ou prĂȘter des oeuvres du Louvre au High Museum d'Atlanta avec un mĂ©cĂ©nat amĂ©ricain important pour le Louvre, ce n'est pas disperser notre patrimoine Ă  l'encan (Le Monde du mercredi 13 dĂ©cembre). Ce qui change lorsque le Centre Georges Pompidou examine une implantation en Chine ou lorsque la France discute avec l'Ă©mirat d'Abou Dhabi, c'est l'Ă©chelle des opĂ©rations, la durĂ©e des coopĂ©rations, leur ampleur Ă©conomique et leur ambition culturelle et politique. Le rayonnement culturel de la France, comme il l'a dĂ©jĂ  exigĂ© par le passĂ©, mobilise aujourd'hui ses collections publiques et le savoir-faire de ses musĂ©es. La France doit y donner suite dĂšs lors qu'elle est sollicitĂ©e par des pays qui manifestent, en s'adressant Ă  nos musĂ©es, qu'ils reconnaissent nos valeurs patrimoniales, notre savoir-faire et notre expertise. Il se trouve que certains de ces pays ont la capacitĂ© Ă©conomique de se doter de grands Ă©quipements culturels et que de nouvelles entitĂ©s Ă©mergent et sont appelĂ©es Ă  modifier le paysage des musĂ©es tel que nous le connaissons. On marque bien du mĂ©pris Ă  plusieurs pays du monde si l'on considĂšre qu'avec certains on peut faire circuler des oeuvres et entretenir un commerce intellectuel, et avec d'autres non. Ce n'est pas le message de la France. INNOVATION CAPITALE Ce n'est pas pour la France trahir ses valeurs que de rĂ©pondre Ă  une demande d'expertise et d'ingĂ©nierie culturelle sur l'entiĂšre conception d'un musĂ©e qui transcrirait les principes fondateurs du Louvre et d'aider Ă  l'Ă©mergence sur la scĂšne mondiale d'une collection patrimoniale nouvelle, constituĂ©e par Abou Dhabi. Cette dĂ©marche sert un objectif de coopĂ©ration qui va plus loin qu'un simple apport financier en Ă©change du prĂȘt temporaire d'oeuvres d'art pour une exposition. Si l'exposition temporaire constitue dans son principe une dĂ©marche louable, elle ne saurait en effet ĂȘtre comparĂ©e Ă  la recherche de pĂ©rennitĂ© vis-Ă -vis du public que suppose la constitution de ce foyer vivant de culture et de savoir que l'on appelle musĂ©e. Le ministĂšre de la culture et de la communication, sa direction des musĂ©es de France ont pour tĂąche de garantir la qualitĂ© et la probitĂ© de ces opĂ©rations par nature exceptionnelles, et dont les retombĂ©es doivent servir l'image de notre pays et l'ensemble des musĂ©es français. Il leur appartient de veiller Ă  ce que les politiques de prĂȘt et de dĂ©pĂŽt des collections nationales Ă  l'Ă©gard des musĂ©es territoriaux français et les coopĂ©rations classiques entre musĂ©es de tous pays ne soient nullement considĂ©rĂ©es comme secondaires et soient poursuivies. Dans un contexte nouveau de coopĂ©ration internationale, les professionnels se doivent d'apporter les propositions et les rĂ©ponses les plus innovantes, sans que rien des valeurs fondatrices du patrimoine national ne soit mis en pĂ©ril, et notamment le principe absolu d'inaliĂ©nabilitĂ© des collections publiques. Cette opĂ©ration inĂ©dite est perçue par nombre de professionnels des musĂ©es comme une innovation capitale. Etre sollicitĂ© par un pays qui a l'ambition de crĂ©er un musĂ©e d'envergure internationale dans une perspective de dialogue universel entre les cultures est une chance qui doit ĂȘtre saisie. C'est bien dans la tradition de la culture française, qui est faite d'ouverture et d'Ă©change, que de rĂ©pondre Ă  cet appel. Francine Mariani-Ducray, directrice des MusĂ©es de France