La greffe du premier musée d'art contemporain logé en banlieue parisienne est-elle en train de prendre ? Un an après son ouverture, le MacVal, à Vitry-sur-Seine (Val-de-Marne), au sud de Paris, aurait réussi à attirer un public local, socialement défavorisé et jugé réticent à l'art. Au contraire, les Parisiens et touristes font défaut. Au point qu'une campagne de communication doit être lancée pour attirer ces derniers. Un comble pour un musée ! Le pourcentage d'entrées gratuites frôle en effet les 70 . Sur les quelque 130 000 visiteurs qui ont franchi le seuil de ce musée départemental, depuis la mi-novembre 2005, 90 000 n'ont pas payés - moins de 18 ans, chômeurs, RMistes mais aussi scolaires et autres groupes qui représentent un petit tiers des entrées gratuites. On sait aussi que 70 des visiteurs sont des habitants du Val-de-Marne, dont 40 de Vitriots. "On s'est demandé si on allait instaurer la gratuité. Finalement, l'entrée est à 4 euros, avec de multiples accès libres", explique la conservatrice du MacVal, Alexia Fabre. Le département, qui finance 90 du fonctionnement du lieu, espère que le nombre de visiteurs payants va augmenter. Cet ancrage local n'est pas surprenant : depuis le début des années 1980, une politique d'acquisition d'oeuvres a été lancée par l'ancien président du conseil général Michel Germa (PCF) (Le Monde du 18 novembre 2005). "Des expositions avaient lieu à l'hôtel du département. On prêtait des toiles à des collèges, que les élèves choisissaient", raconte Anne Dahlström. Directrice adjointe du pôle éducation-culture au département, elle a été témoin de cette histoire, jusqu'à la décision de construire un musée - rendue possible, à partir de 1998, grâce au soutien de l'Etat (durement acquis) et de la région. "L'art, c'est le regard des artistes sur le monde d'aujourd'hui", résume Alexia Fabre, en citant l'exposition en cours, qui rassemble une vingtaine d'artistes sur le thème du travail et des conditions de production. Ce principe posé, le MacVal a pris le parti de dévoiler sa collection par étapes et par thèmes. Au total, 1 300 oeuvres d'artistes de générations différentes racontent l'art en France depuis les années 1950. Huit personnes sont affectées au service du public. Des visites guidées et gratuites sont proposées tous les jours, des rencontres informelles avec les artistes, "autour d'un verre", ont lieu, etc. Les agents d'accueil sont proches de la population : une quinzaine de jeunes recrutés via la mission locale pour l'emploi d'Ivry-Vitry. Ils amènent leurs amis et leur famille, font remonter des informations. L'Etat, qui soutient le musée sur des projets (édition, acquisition, restauration d'oeuvres) juge l'aventure stimulante. "On est sur une fréquentation haute pour un musée départemental. Mais il est tôt pour juger. Va-t-elle se maintenir ? Est-ce que les visiteurs reviennent ?", s'interroge Sylvie Muller, de la direction régionale des affaires culturelles Ile-de-France. Le MacVal mise sur l'ouverture du parking, attendu depuis un an, pour inciter les Parisiens à franchir le périphérique...