Un peu plus de deux mois après son ouverture, le 23 juin, le Musée du quai Branly suscite une curiosité toujours aussi vive. Au 1 septembre, il aura reçu 326 000 visiteurs, avec une moyenne de 4 000 à 4500 par jour (6 000 à 6 500 le jeudi, en nocturne). C'est dire que le bâtiment est aux limites de la saturation. Les amateurs doivent patienter une bonne heure dans le jardin dessiné par Giles Clément avant de pénétrer dans les salles aménagées par Jean Nouvel. Parmi les visiteurs, beaucoup d'étrangers 60 estime-t-on Quai Branly, soit un peu moins que les 70 du Louvre ou d'Orsay. Il est vrai que les médias internationaux se sont abondamment fait l'écho de l'inauguration du musée, le 2 juin. En Europe, bien sûr, mais aussi en Asie (au Japon notamment), en Afrique, aux Etats-Unis, au Canada et en Amérique latine. L'architecture de Jean Nouvel a séduit presque toute la presse. La plupart des journaux retracent longuement les polémiques qui ont accompagné la gestation de l'établissement et attribuent au président de la république, Jacques Chirac, la paternité incontestée du projet pour s'en féliciter ou s'étonner de cette dérive monarchique si française. « Paris s'est doté d'un nouveau musée spectaculaire et Chirac d'un monument pour son règne », écrit le Berliner Zeitung (2l juin). La tonalité des articles est souvent positive, même si des discordances sont à noter. C'est ainsi que le New York Times du 7 juillet a publié un long article, titré « Dans la Ville Lumière, un coeur de ténèbres ». L'auteur estime que les galeries des collections permanentes sont «chaotiques» et auraient pu être dessinées par les Marx Brothers. Il déplore une présentation confuse qui lui fait regretter la clarté du pavillon des Sessions au Louvre, où l'un des précurseurs du Quai Branly, Jacques Kerchache, avait présenté une centaine de chefs-d'oeuvre d'arts « primitifs ». Le Guardian (21 juin) est tout aussi critique, mais pour une raison opposée. Le quotidien bntannique y voit un relent postcolonial à travers un accrochage qui aurait trop sacrifié à l'esthétique. En revanche, La Vanguardia de Barcelone (20 juin) y voit un «musée de la diversité». La Repubblica de Rome (17 juin) constate «qu'aucun musée de ce type n'existe au monde». Le Sunday Independent de Londres (20 août) note la «radicale nouveauté de sa présentation ». Le Temps (20 juin) pointe «un compromis entré la logique de l'antropologue et celle des amateurs d'art ». L'opinion de ce quotidien suisse est proche de celle du Bangkok Post (Thailande) « Ni un musée d'art, ni un musée d'ethnologie, ni un centre de recherche, le Quai Branly a l'intention d'être tout cela à la fois.» Le Devoir, de Monrtéal (15 juillet), est d'un avis différent: « L'organisation du musée et son éclairage font ressortir la pureté des lignes et créent une atmosphère de mystère qui a finalement peu à voir avec la mission scientifique que doit aussi assumer le Quai Branly.» Si les visiteurs étrangers sont nombreux à se presser devant les portes du Quai Branly, le musée semble aussi avoir attiré un nouveau public qui ne fréquente pas les musées traditionnels. C'est ce que remarque l'International Herald Tribune (18 août), qui s'est livré à une enquéte auprès de ces néo-visiteurs: «Même si le débat continue à propos de son architecture et de sa muséographie, un bouche-à-oreille va croissant à travers les communautés de l'immigration française: le nouveau musée célèbre les objets de leur culture comme de l'art. Aussi des gens qui n'auraient jamais mis les pieds dans un musée débarquent en force. » Le succès des premiers mois va-t-il perdurer? Sans doute baissera-t-il une fois passé l'effet de curiosité. Même si le Quai Branly semble s'être inscrit d'emblée dans le circuit des «gros musées parisiens (le Louvre, Orsay, Guimet, qui font partie des «incontournables»). Il a pour lui quelques atouts supplémentaires en réserve. D'abord, le 19 septembre doit ouvrir sa galerie jardin vouée aux expositions temporaires (2000 m2) avec «D'un regard l'Autre», une histoire des regards européens sur l'Afrique, l'Amérique et l'Océanie, conçue par Yves Le Fui. Auparavant, un artiste béninois, Romuald Hazoumé, aura présenté son installation, La Bouche du roi, qui met en parallèle le trafic d'essence et celui des esclaves. L'esclavage, on va en parler abondamment au Quai Branly lors des grandes «Controverses sur l'universalité » organisées par son université populaire, dont le programme a été défini par Catherine Clément. L'«histoire mondiale de la colonisation» sera aussi évoquée avec les interventions d'historiens comme Mamadou Diouf, Marc Michel, Luis Filipe Ferreira Reis Thomaz ou Henk Wesseling. Et, pour clore ces nouvelles activités, le Théâtre Claude-Lévi-Strauss donnera à partir du 29 septembre son premier cycle de spectacles consacré au Mahabharata: trois propositions (d'inde, du Japon et d'Italie) revisitent l'épopée fondatrice de l'hindouisme.
Quai Branly, succès et controverses
Here is a summary of the text in 200 words:
The Musée du quai Branly has attracted 326,000 visitors in its first month, with an average of 4,000 to 4,500 visitors per day. The museum is at the limit of its capacity, and visitors must wait for over an hour in the garden designed by Giles Clément to enter the galleries designed by Jean Nouvel. The museum has received international attention, with media outlets in Europe, Asia, Africa, the US, Canada, and Latin America covering its inauguration. The architecture of Jean Nouvel has been widely praised, but some critics have pointed out the museum's chaotic presentation and lack of clarity. The New York Times described the galleries as "chaotically" designed, while The Guardian noted that the museum's focus on postcolonialism may have come at the cost of aesthetics.
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