La Morgan Library, l'une des plus prestigieuses fondations culturelles de New York, située à l'angle de Madison Avenue et de la 36e Rue, a rouvert ses portes au public le 29 avril, agrandie et réorganisée par les soins de l'architecte Renzo Piano. De telle sorte que la bibliothèque prend aussi place parmi les institutions muséales majeures de la ville. Le maître d'oeuvre italien, dont l'agence se partage entre Gênes et Paris, prend ainsi pied élégamment dans la métropole américaine, vingt ans après avoir achevé la Fondation de Mesnil à Houston (Texas) - son premier travail personnel majeur - et trente ans après l'aventure conduite avec Richard Rogers pour le Centre Pompidou. Entre-temps, il a obtenu le Pritzker Prize en 1998 et a discrètement construit aux Etats-Unis le Nasher Sculpture Center de Dallas (2003), ainsi que l'extension du High Museum d'Atlanta (2005), désormais partenaire du Musée du Louvre. Honneur inconcevable en France, la première soirée de l'inévitable cycle d'inauguration a été clairement dédiée à Renzo Piano par Charles E. Pierce, le directeur de la Morgan. Etaient présents plusieurs collaborateurs de l'agence Renzo Piano Building Workshop (RPBW) : Giorgio Bianchi, partenaire chargé de la Morgan Library, mais aussi Bernard Plattner, associé de Piano, accouru tout exprès du chantier de Times Square. C'est ici que RPBW construit avec l'agence Fox Fowle le futur siège du New York Times, une tour de 228 mètres de haut (319 avec ses antennes) sur la 8e Avenue. L'une des plus hautes tours de la ville, et sans doute l'une des plus spectaculaires par la nouveauté de son ingénierie, sa transparence, son évolutivité, la clarté simple de son dessin. TROIS BÂTIMENTS REMODELÉS La Morgan Library et l'immeuble du New York Times ont à cet égard quelques points communs, même si la première opération semble d'échelle singulièrement plus modeste. Il s'agit en effet de l'extension et du remodelage d'un ensemble formé principalement par trois bâtiments de faible hauteur : la villa de John Pierpont Morgan (1837-1913), banquier, financier bienfaiteur de l'Eglise épiscopale protestante ; une bibliothèque dessinée en 1906, en s'inspirant de la Renaissance italienne, par Charles McKim, chef de file de la prestigieuse et très éclectique agence McKim, Mead and White ; ainsi qu'une annexe (1928) fort distinguée signée Benjamin Wistar Morris, l'un des inspirateurs du Rockefeller Center. Renzo Piano a d'abord travaillé en "mineur", retirant des sous-sols 46 500 tonnes de schiste pour y loger les réserves et un auditorium de près de 300 places qui a l'efficacité visuelle et musicale habituelle des oeuvres de l'architecte. En surface, il s'est très simplement et géométriquement inscrit entre les trois vénérables édifices antérieurs. L'ancien jardin central est devenu un bel atrium desservant, tout en en préservant les décors importants, les salles jadis habitées par John Pierpont Morgan, qui accueillaient, après la création, par son fils Jack, de la célèbre fondation, les lecteurs et visiteurs. "Nous voulions créer un endroit ménageant un équilibre entre le calme et la présence au coeur de la ville. Ce n'était pas facile... Architecte est un drôle de métier. Vous rêvez, puis vous croisez les doigts", commente Renzo Piano, dont le travail contredit l'apparente insouciance. La surface de l'établissement a été doublée, passant de 6 700 m2 à près de 14 000 m2 pour un budget de 106 millions de dollars. De nouveaux espaces d'exposition permettent de montrer 300 des 350 000 pièces rassemblées par la famille et la fondation. Quelques chefs-d'oeuvre actuellement présentés donnent la mesure de ce trésor : des peintures (de Dürer à Picasso), des livres (une bible de Gutenberg), des partitions musicales (de Mozart à Schoenberg), des pièces d'orfèvrerie ou de joaillerie. Et pour faire bon poids, le manuscrit de L'Histoire de Babar (1931), l'éléphant chéri de Jean de Brunhoff. Depuis la rue, le travail de Piano, verre et acier, couleur à dominante blanche, est presque invisible, banalisé de telle sorte que les éléments architectoniques anciens gardent la préséance (de rares critiques américains lui reprochent, les uns sa retenue, les autres sa banalité). L'intérieur, équilibré et mécanisé à la perfection, parvient à cette lisibilité de plan et cette qualité d'exécution qui a en partie fait défaut au Musée d'art moderne (MoMA) revisité par Yoshio Taniguchi - mais la taille et la difficulté du projet n'étaient pas véritablement comparables. LA COUVERTURE DE "TIME" Mac Kim et Morris, les premiers architectes de la Morgan Library, avaient, avec les grands financiers de l'époque, un entregent certain. Renzo Piano, enfant de Gênes, ville de marins et de banquiers, a su développer ses relations avec cette autre représentante de la haute société protestante qu'était la très respectée Mme de Ménil ou des personnalités aussi fortes que le patriarche de Fiat, Giovanni Agnelli, le pape actuel et sans doute le précédent. Avec Benoît XVI, il partage d'ailleurs le privilège d'être, selon la dernière édition de Time Magazine (datée 8 mai), l'une des cent personnalités les plus influentes dans le monde, seul architecte dans ce cas. C'est le moins que pouvait attendre le constructeur de l'immense sanctuaire de Padre Pio à San Giovanni Rotondo (Italie du Sud), qui, depuis 2004, accueille plusieurs millions de pèlerins par an. A New York même, Piano et son équipe se sont vu confier, outre la tour qui abritera (entre autres) l'équipe du New York Times, plusieurs projets majeurs, comme le nouveau campus de l'Université Columbia, ou sensibles, comme l'extension du Whitney Museum, oeuvre majeure de l'architecte Marcel Breuer qui échappa il y a dix ans à un projet ironique et vengeur du très postmoderne Michael Graves. En Californie, le Génois s'attaque à la rénovation du gigantesque Los Angeles County Museum (Lacma) et s'est vu enfin confier l'extension de l'Art Institute of Chicago. Telle qu'elle s'exprime au moins dans son oeuvre américaine, la retenue classique de Piano, successeur vertueux de Mies Van der Rohe, en plus méditerranéen, plus sensuel, semble être la véritable clef de l'engouement que l'architecte suscite dans tout le pays.
Renzo Piano conquiert l'Amérique
La Morgan Library, une des plus prestigieuses fondations culturelles de New York, a rouvert ses portes au public le 29 avril, après avoir été agrandie et réorganisée par l'architecte Renzo Piano. La bibliothèque a été agrandie et réorganisée par les soins de l'architecte Renzo Piano. La bibliothèque prend aussi place parmi les institutions muséales majeures de la ville. Le maître d'oeuvre italien, dont l'agence se partage entre Gênes et Paris, prend ainsi pied élégamment dans la métropole américaine, vingt ans après avoir achevé la Fondation de Mesnil à Houston (Texas) - son premier travail personnel majeur - et trente ans après l'aventure conduite avec Richard Rogers pour le Centre Pompidou.
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