Quand un feu s'éteint, un autre s'allume : le ministre de la culture et de la communication, Renaud Donnedieu de Vabres, marche sur des braises. Depuis quelques mois, "RDDV", homme réputé combatif et malin, semble essoufflé. Son projet de loi sur les droits d'auteur, voté en première lecture, mardi 21 mars, après quelques épisodes dignes du Grand-Guignol, est devenu un mauvais feuilleton : le ministre et son cabinet ont donné le sentiment de ne pas maîtriser la situation. Par ailleurs, en présentant un texte jugé répressif, débattu en plein mouvement de contestation du contrat première embauche, M. Donnedieu de Vabres s'est rangé dans le registre attendu d'une droite soucieuse d'ordre et moralisatrice. Jusque-là, son jeu semblait plus ouvert. Le ministre de la culture a d'autres soucis. La rigueur budgétaire imposée à la Rue de Valois, comme dans les autres ministères, handicape, voire met en péril, de gros chantiers : la restauration des monuments historiques, le soutien aux arts plastiques, l'éducation artistique, point de départ de la démocratisation culturelle... Les mesures intéressantes en faveur de la danse, du théâtre et de la musique, annoncées à l'automne 2005, n'ont pas toujours été suivies d'effet, faute de moyens. Un vrai feu d'artifice. Des élus de tous bords se plaignent d'un désengagement de l'Etat. Même si le ministre a obtenu des arbitrages moins défavorables qu'ils n'auraient pu l'être, la situation est morose. Aucun grand chantier à l'horizon : les directions centrales parent au plus pressé, appliquent la décentralisation. Les directions régionales des affaires culturelles (DRAC) sont les plus malheureuses : en contact avec le terrain, elles essaient de colmater les brèches, mais elles donnent aussi des coups de ciseaux. Quelques rares secteurs y échappent, comme le spectacle vivant, pour ne pas attiser davantage le conflit des intermittents du spectacle. Le protocole de juin 2003, réformant l'assurance-chômage des artistes et des techniciens, a ouvert une crise terrible, causant la chute de Jean-Jacques Aillagon après les élections régionales et cantonales, au printemps 2004. M. Donnedieu de Vabres a pris sa suite, jurant qu'il allait se battre "comme un lion". Ce dossier est un bon exemple pour mesurer les talents de l'animal politique, et ses limites. A plusieurs reprises, le "ministre de l'emploi culturel" est apparu comme un rempart. Il a oeuvré pour que soient maintenues la solidarité interprofessionnelle à l'égard des salariés intermittents et la spécificité de leur statut. Ce n'était pas une mince affaire, vu l'incompréhension et les réflexes populistes qui ne manquent jamais de se manifester à ce sujet. Autre acquis, le "fonds provisoire" financé par l'Etat, destiné à indemniser certains exclus, va devenir permanent. M. Donnedieu de Vabres a fait le pari de moraliser un secteur de l'emploi aux moeurs parfois sauvages. Mais l'édifice s'est fissuré : le ministre n'a pas réussi à imposer un calendrier. Les partenaires sociaux ont négocié quand ils l'ont voulu, c'est-à-dire au dernier moment, fin 2005, contraignant le politique à gesticuler et à multiplier les promesses, qui ne seront pas toutes tenues. Sa crédibilité en a sans doute pâti. L'accord obtenu entre les syndicats et le patronat sur l'assurance-chômage, dans la nuit du 8 au 9 mars, fait l'objet d'une expertise, avant la signature, prévue le 31 mars. Mettra-t-il fin au conflit ? Les dizaines de théâtres en grève, le 8 mars, sont un signe : la flamme des intermittents est toujours vive. Comment faire oublier les occupations, les cérémonies chahutées, et laisser sa griffe de ministre de la culture ? Durant ces deux ans, M. Donnedieu de Vabres s'est emparé, essentiellement, de questions sociales, juridiques, financières, tels les crédits d'impôts visant à relocaliser les tournages de cinéma. Il a défendu la diversité culturelle contre les risques d'uniformisation. Il pilote comme il peut un univers en mutation, ébranlé par la mondialisation, la dématérialisation des oeuvres, etc. C'est le ministre des transitions culturelles. Pour quelle politique ?