n conflit dans une de ses lointaines dĂ©pendances, Ă  Nice, trouble la quiĂ©tude de l'Institut de France, quai Conti. Vestige des splendeurs de la Belle Epoque sur la CĂŽte d'Azur, avec sa tour-belvĂ©dĂšre et son portique corinthien, la villa Beau-Site pourrait bientĂŽt ĂȘtre vendue par l'Institut, qui l'a reçue en legs. Se rĂ©clamant de la donatrice, l'association chargĂ©e d'animer le lieu crie au scandale. La villa, son mobilier et sa collection d'instruments de musique sont lĂ©guĂ©s Ă  l'Institut de France en 1988 par GisĂšle Tissier, harpiste et styliste de renom, dont le mari, l'architecte et aquarelliste Paul Tissier, fut une figure locale de la Belle Epoque en organisant des "fĂȘtes d'art" trĂšs courues. Le legs est assorti d'une exigence : l'Institut "aura l'obligation d'ouvrir au public le site afin que ce dernier ait une vocation culturelle". Patrick Le Nezet, locataire depuis 1984 d'un drĂŽle de pavillon dans le jardin, reçoit en usufruit l'usage d'habitation du rez-de-chaussĂ©e de la villa. Selon les volontĂ©s testamentaires, l'Association des amis de GisĂšle Tissier, qu'il prĂ©side, est chargĂ©e d'animer le lieu. M. Le Nezet et son association dĂ©noncent aujourd'hui la "politique de liquidation patrimoniale" de l'Institut. AprĂšs quelques dizaines de concerts organisĂ©s par l'association dans la villa au dĂ©but des annĂ©es 1990, la commission communale de sĂ©curitĂ© a interdit l'accĂšs des lieux au public en 1996. Or les travaux de rĂ©fection qui auraient permis une ouverture pĂ©renne n'ont jamais Ă©tĂ© effectuĂ©s, interdisant toute exploitation culturelle des lieux. "ABSENCE D'ACTIVITÉ" "Le legs ne comportant pas de fonds, des travaux auraient entraĂźnĂ© un dĂ©ficit ; or les fondations de l'Institut ont l'obligation d'ĂȘtre Ă  l'Ă©quilibre", justifie Me François Lastelle, avocat de l'Institut de France dans cette affaire, selon qui aucune recherche de partenariat public ou privĂ© n'a abouti. DĂ©cision a donc Ă©tĂ© prise de vendre le domaine. A deux reprises, devant le tribunal de grande instance de Nice en 2001 et la cour d'appel d'Aix-en-Provence en aoĂ»t 2005, l'Institut de France a obtenu une rĂ©vision des "charges du legs", ouvrant la voie Ă  une cession de la bĂątisse. "L'Institut argue de l'absence d'activitĂ© dans la villa, alors que c'est lui qui dĂ©laisse ce patrimoine depuis dix-sept ans et empĂȘche la mise en oeuvre d'actions culturelles !", s'insurge M. Le Nezet. L'association s'est pourvue en cassation ; l'arrĂȘt est espĂ©rĂ© avant l'Ă©tĂ©. Sans attendre, Patrick Le Nezet a Ă©tĂ© expulsĂ© par les forces de l'ordre mardi 21 mars. Il envisage de porter plainte contre l'Institut pour abus de pouvoir, tandis que les hĂ©ritiers de Mme Tissier pourraient attaquer le Quai Conti pour violation du testament. L'Institut attend de la vente de la villa Beau-Site environ 2 millions d'euros, qui serviront Ă  restaurer la collection d'instruments du XVIIIe siĂšcle pour les montrer dans des musĂ©es. Trouver un acquĂ©reur pourrait toutefois prendre du temps. Les travaux de remise en Ă©tat sont estimĂ©s Ă  3 millions d'euros et seront sĂ©vĂšrement encadrĂ©s : le jardin, les façades et le salon de musique ont Ă©tĂ© classĂ©s monuments historiques en 1986. Ce n'est pas la premiĂšre fois que l'Institut de France peine Ă  prendre soin de son patrimoine, pourtant inestimable. La "vieille dame du quai Conti", qui regroupe les cinq acadĂ©mies, a hĂ©ritĂ© de nombreux chĂąteaux et domaines - comme les villas KĂ©rylos et Ephrussi de Rothschild, voisines de Beau-Site -, sans toujours avoir les moyens de les entretenir. Plusieurs propriĂ©tĂ©s ont Ă©tĂ© confiĂ©es Ă  des opĂ©rateurs privĂ©s (le MusĂ©e Jacquemart-AndrĂ© Ă  Culture Espace) ou publics (le chĂąteau de Castries Ă  la rĂ©gion Languedoc-Roussillon). Il y a un an, l'Institut s'est associĂ© Ă  l'Aga Khan pour restaurer et gĂ©rer le domaine de Chantilly (Le Monde du 28 mars 2005). Le chef spirituel des IsmaĂ©liens s'est engagĂ© Ă  injecter 30 millions d'euros dans la maison de CondĂ©. Aucun prince n'a, en revanche, volĂ© au secours de la maison Tissier.