musée Publications, recherche, enseignement : l'institution qui ouvrira le 23 juin précise la part scientifique de sa mission. OBJET de l'inquiétude des chercheurs qui redoutent de n'y voir qu'une vitrine consacrée aux arts premiers, le musée du quai Branly, qui ouvrira le 23 juin, donne des gages de sérieux. L'institution reprend, par exemple, la publication de Gradhiva, prestigieuse revue fondée par Michel Leiris et Jean Jamin, organe d'expression du Groupe de recherches et d'analyses sur l'histoire et les variations de l'anthropologie équipe de recherche du CNRS et de la section Histoire de l'ethnologie du Musée de l'homme. Dans l'esprit du Quai Branly, Gradhiva continuera donc de s'ouvrir chaque semestre à de multiples disciplines comme l'ethnologie, bien sûr, mais aussi l'histoire, la littérature ou encore la musique. Avec l'accord et la participation de Françoise Zonabend, directeur d'études à l'EHESS, qui poursuit son rôle de rédacteur en chef. «Ainsi soutenue, Gradhiva peut encore publier des archives, des chroniques scientifiques (débats et comptes rendus d'ouvrages), des études et essais, et prendre toujours le soin de présenter une iconographie souvent inédite et singulière. Avec une attention constante portée au rapport texteimage.» Anthropologie et muséologie Hier, dans le futur salon de lecture Jacques Kerchache dans lequel 5 000 ouvrages seront consultables en accès libre, elle présentait les deux premiers numéros «nouvelle formule» (). Le principal changement de cet organe consacré à l'histoire et aux archives de l'anthropologie se lit dans le nouveau sous-titre : «Revue d'anthropologie et de muséologie». Cet intérêt renforcé aux problématiques muséologiques explique le remodelage du comité de rédaction. Il est désormais non seulement composé de personnalités de la recherche et de l'enseignement, mais aussi du monde muséal. Y figurent aux côtés de Michèle Coquet (CNRS) et de membres de l'EHESS comme Brigitte Derlon, Emmanuel Désveaux, Erwan Dianteill et Serge Gruzinski, Yves Le Fur, Christine Barthe, Dominique Baudin, Muriel Rausch, Germain Viatte et Anne Christine Taylor, tous du Quai Branly. Cette dernière, ethnologue, directeur de recherche au CNRS, spécialiste des Jivaros chez lesquels elle a étudié l'expression des sentiments, est depuis un an responsable du département Recherche et Enseignement (l'autre département du Quai Branly étant Patrimoine et Collections, géré par Germain Viatte). A elle incombe la mission de faire vivre et prospérer l'activité scientifique du lieu. «Nous n'ouvrirons pas ici de laboratoire permanent. Nous allons plutôt fonctionner avec les chercheurs comme la Villa Médicis pour les artistes. C'est-à-dire que nous les inviterons en résidence pour une période maximale de quatre ans dans le cadre d'un projet individuel ou collectif. Ce seront d'abord des scientifiques étrangers mais également des étudiants doctorants ou post-doctorants auxquels ou pourra offrir une bourse. Les chantiers retenus ne seront pas forcément en rapport avec les expositions et programmations mais toute synergie sera la bienvenue. Nous passons actuellement des conventions avec des grands établissements et discutons notamment avec le CNRS pour des partenariats. Une partie de son enseignement sera d'ailleurs effectuée ici.» Anne Christine Taylor entend inviter de grands noms mais aussi installer «un vivier, une pépinière» capable de faire éclore les Lévi-Strauss de demain. Et précise que le grand axe de travail du Quai Branly portera sur «l'histoire et l'anthropologie des arts». La notion d'art étant à prendre dans un sens extrêmement large, comme «n'importe quelle pratique technique ou production, matérielle ou autre, faisant l'objet d'une évaluation qualitative dans la société dans laquelle elle apparaît ou au dehors». Vaste programme. S'y noiera-t-on ? Réponse dans quelques années. En attendant, simultanément, le musée ouvrira en septembre prochain une université populaire : enseignement gratuit pour tous à l'auditorium. Avec notamment un cycle sur l'histoire mondiale de la colonisation et de la décolonisation à partir du XVe siècle. n Le n 1 de Gradhiva a Haïti pour thème principal. Le n 2 a été élaboré autour de Lucien Sebag, élève de Claude Lévi-Strauss, mort à 31 ans, auteur notamment de L'Invention du monde chez les Indiens pueblos. A signaler également l'article de Fabrice Grognet «Objets de musée, n'avez-vous donc qu'une vie ?». À paraître : les Indiens selon le peintre américain George Catlin (1796-1872), suivi d'une enquête sur les musées rappelant les grands traumatismes. Commande en librairie, au 01.56.61.71.10 ou sur gradhivaquaibranly.fr