Les 28 directions régionales des affaires culturelles (DRAC) vivent un automne difficile. En quelques semaines, ces institutions, bras armés du ministère de la culture en région, viennent de subir, de la part de l'Etat, plusieurs coupes budgétaires sévères. Après avoir attendu deux mois la mise à disposition de la deuxième moitié de leur budget, elles viennent en effet d'apprendre que celui-ci serait amputé de 2,6 des dépenses. Pire : pour l'occasion, les crédits d'achat d'oeuvres d'art ont été supprimés, renvoyant les acquisitions à 2006. Autant dire que, dans la plupart des régions, la situation est tendue. Personne, il est vrai, ne s'attendait à une saison florissante. Le 24 juin, le directeur du cabinet du ministre, Henri Paul, avait averti les directeurs régionaux que 2,15 de leur budget était gelé. Dans le même courrier, il leur demandait, toutefois, de s'arranger pour financer les mesures nouvelles annoncées quelques jours auparavant par le ministre de la culture, Renaud Donnedieu de Vabres. Pour éviter toute tension du côté des intermittents du spectacle, en pleine année de renégociation de leur statut, il précisait que le secteur du spectacle vivant devait être épargné. La potion s'est révélée encore plus amère. D'abord par la durée de sa préparation. Chaque année, en effet, le budget déconcentré de l'Etat est versé en deux temps : une première partie en janvier, et une seconde 30 à 50 du total en septembre. Or, cette année, la "deuxième délégation", comme disent les techniciens, n'a été confirmée aux services déconcentrés que début novembre. SPRINT JUSQU'AU 30 NOVEMBRE Ce retard a créé une sérieuse agitation dans les DRAC. Après avoir fait patienter les compagnies théâtrales et de danse ou les institutions en attente de subvention, les voici lancées dans un sprint. L'exercice budgétaire se clôt le 30 novembre : d'ici là, les services doivent avoir examiné la totalité des dossiers, réclamé les pièces manquantes, afin que les trésoriers- payeurs généraux puisse verser les sommes promises. A Paris, on a clairement fait savoir que les retards étaient proscrits. En ces temps de vache maigre, chaque erreur peut coûter cher. D'ores et déjà, le bistouri ministériel a amputé plus que prévu, puisque c'est finalement 2,6 des subventions versées dans les régions, soit 7 millions d'euros, qui ont été supprimés. Chaque DRAC a perdu entre 200 000 et 700 000 euros. La plupart des directeurs régionaux, qui avaient entendu l'avis de tempête, assurent toutefois s'être préparés. Les uns en privilégiant, en janvier, les institutions les plus fragiles, les autres en servant en priorité ceux dont les protestations risquaient de provoquer le plus de remous. " Ça ne devrait donc pas crier trop fort, pronostique l'un d'eux. Mais ce n'est pas anodin pour autant. Entre les mesures nouvelles qu'il faut financer et le spectacle vivant qui est intouchable, ceux qui sont affectés par les coupes le sont à des niveaux bien supérieurs à 2,6 . Et ce sont toujours les mêmes." A savoir les actions dans les écoles, les ateliers, notamment dans les quartiers sensibles, le financement des bibliothèques, des conservatoires et des écoles d'art, l'entretien des monuments historiques. AUCUNE ACQUISITION Le secteur le plus atteint reste celui des acquisitions d'oeuvres d'art. Habituellement, les trois fonds régionaux d'art contemporain (FRAC), d'acquisition des musées (FRAM) et d'acquisition de livres rares dans les bibliothèques (FRAB) sont financés, à parité, par l'Etat et la collectivité territoriale. Or, dans ce domaine, la deuxième délégation des DRAC a été tout simplement supprimée. Le budget de l'Etat a fait une nouvelle économie de près de 7 millions d'euros, indique-t-on rue de Valois. "Evidemment, ça ne met personne dans la rue, soupire un directeur régional. Les acquisitions prévues seront faites l'année prochaine, c'est tout. Sauf que celles qu'on aurait pu décider de faire l'an prochain ne le seront pas. On touche là au coeur de l'action de l'Etat dans la culture. Ça finira par se voir." Chacun fait comme il peut. En réduisant les achats et en s'appuyant sur la bonne volonté des instances régionales. La région Nord-Pas-de-Calais, qui, en 2004, n'avait pas contribué au fonds, a "renvoyé l'ascenseur" et accepté de se passer des 210 000 euros de l'Etat. La région Centre est allée plus loin encore. Son président, le socialiste Michel Sapin, a décidé d'augmenter de 13 son budget culturel, afin, notamment, de faire du FRAC "une institution de la région". M. Sapin va plus loin : "La tradition française qui est aussi, dans une certaine mesure, l'exception française d'un Etat culturel puissant, y compris en région, bat de l'aile." Sa conviction dépasse les clivages politiques. Le 15 novembre, le rapporteur du budget de la culture à l'Assemblée nationale, Nicolas Perruchot (UDF, Loir-et-Cher), s'est ému de la baisse de 26 des crédits d'acquisition des oeuvres d'art en 2006. Pour le ministère, "on passe de 40 millions à 30 millions d'euros". Soit une réduction de 25 .