«Pourquoi creuser quand on peut monter ?» Renzo Piano pose lui-même la question. Pour l'extension de la Morgan Library, son premier projet à New York, l'architecte italien est en effet allé un peu à l'envers de la ville. Là où il est habituel, de bâtir en grand, lui a décidé de faire petit, et même souterrain. «Cela fonctionne beaucoup mieux», répond-il. Sans doute parce qu'ainsi, il ne trahit pas la dimension de cette institution, située à l'angle de la 36e et de Madison avenue, qui rouvrira en avril. La Morgan Library doit son existence à l'industriel Pierpont Morgan qui vécut de 1837 à 1913. Collectionneur, l'homme avait eu l'ambition d'importer un peu de la culture européenne aux États-Unis et il se constitua une bibliothèque privée riche de livres extraordinaires et d'autres d'objets fantastiques. La Morgan Library est maintenant à la fois musée et bibliothèque de recherche, le tout logé dans trois bâtiments construits entre 1852 et 1928. «Tout en poursuivant notre mission auprès des chercheurs, nous souhaitions laisser une plus grande place aux expositions», explique Charles Pierce, le directeur de la Morgan. Il fallait ainsi faire la part belle à une collection de 350 000 pièces. Charles Pierce en donne un aperçu parlant : Bible de Gutenberg, manuscrit de la main de Mozart, lettres illustrées de Van Gogh ou encore le plus bel ensemble de gravures de Rembrandt conservé aux États-Unis. Il fut donc fait appel à Renzo Piano pour offrir de nouveaux espaces à l'institution. A charge pour lui de le faire dans le respect des édifices historiques. Celui qui imagina le Centre Pompidou avec Richard Rogers, a conçu là ses extensions «presque comme un iceberg». A la surface émergent trois légers pavillons d'acier et de verre extrablanc. «Discrets, sans arrogance, mais pas humbles non plus», selon la définition de l'architecte, ils abriteront notamment la nouvelle entrée qui permettra à l'institution de s'imposer sur Madison Avenue. Le plus petit d'entre eux sera comme un cabinet de collectionneur destiné à recevoir les plus belles pièces. «Et entre les bâtiments existants, nous avons creusé dans le schiste de Manhattan», souligne Renzo Piano. L'architecte a trouvé sous terre la place nécessaire pour l'auditorium qui faisait jusqu'alors défaut, mais aussi la sécurité indispensable à la conservation des fragiles trésors de la Morgan Library. Tout en offrant plus de visibilité à ces merveilles, Renzo Piano s'est efforcé de «les mettre hors du temps, à l'abri à tout jamais».