L' architecture de Notre-Dame raconte une longue suite d'aménagements et de démolitions et explique le philosophe Paul Rateau dans une tribune au « Monde » considérant la restauration à l'identique comme une occasion manquée. Le 9 juillet dernier, l'Elysée annonçait que « Le président de la République a[vait] acquis la conviction qu'il était nécessaire de restaurer Notre-Dame de façon la plus conforme à son dernier état complet, cohérent et connu », et qu'il s'était rangé aux avis des experts préconisant de « reconstruire la "èche à l'identique ». Restauration ou reconstruction ? Les deux termes ne sont pas équivalents dans le vocabulaire de l'histoire de l'art et du patrimoine. Le premier renvoie aux pratiques et dispositifs de conservation d'un monument, visant à évaluer son état et à intervenir, le cas échéant, pour réparer les détériorations constatées et en prévenir d'autres. La restauration s'inscrit dans une continuité : le monument, quoique dégradé, existe déjà. Il s'agit de le préserver, d'assurer son entretien, de permettre qu'il perdure. La reconstruction renvoie à tout autre chose et pose des problèmes différents. Elle suppose la destruction (en tout ou partie) de l'objet. Elle naît d'une discontinuité que l'on cherche à résorber, puisqu'il s'agit de re-construire, c'est-à-dire de renouer, d'une manière ou d'une autre (même si c'est pour faire « tout autre chose »), avec ce qui n'est plus. Quel rapport y a-t-il entre l'objet nouveau et ce qu'il est censé « remplacer » ? C'est bien la question que soulevait, après l'incendie du 15 et 16 avril 2019, l'annonce présidentielle de « reconstruire Notre-Dame ». Un choix sans doute aussi d'abord ? politique et pragmatique Restauration et reconstruction ? L'emploi conjoint des deux termes par l'Elysée traduit une certaine confusion, sans doute inévitable compte tenu de l'état du monument. Il faut restaurer et reconstruire : des parties de Notre-Dame ont été détruites, d'autres endommagées à des degrés divers, de sorte que les deux opérations seront concomitantes, voire mêlées, certainement difficiles à distinguer l'une de l'autre dans certains cas. Mais la confusion vient aussi d'une ambiguïté délibérément entretenue ? due au sens courant du mot « restauration » : restaurer, c'est rétablir, remettre en place, restituer dans son état d'origine. En ce cas, « restaurer Notre-Dame » et « reconstruire à l'identique » signient la même chose : rendre au monument désfiguré son identité. Quelle est-elle ? Il suffit de revenir à l'instant précédent l'incendie pour la trouver : « son dernier état complet, cohérent et connu ».
Parigi. Notre-Dame : Rétablir la cathédrale de Viollet-le-Duc, sur la base des plans et dessins qu'il a laissés, revient à arrêter le temps
L'État français a acquis la conviction qu'il est nécessaire de restaurer Notre-Dame de Paris à l'identique. Le président de la République a exprimé son accord avec les experts qui recommandent de reconstruire la cathédrale à l'identique. La restauration et la reconstruction sont deux termes qui ne sont pas équivalents. La restauration implique de réparer les détériorations constatées et de prévenir d'autres, tandis que la reconstruction implique la destruction de l'objet existant pour le reconstituer. Le président a déclaré qu'il s'est rangé aux avis des experts, mais il n'a pas précisé si la restauration ou la reconstruction est préférable.
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