La justice britannique a décidé, vendredi 27 mai, d'interdire au British Museum de restituer des uvres d'art pillées par les nazis, estimant que cela pourrait justifier la restitution à la Grèce des frises du Parthénon. En effet, si le British Museum était autorisé à restituer ces uvres, cela aurait pu ouvrir la voie à une restitution à la Grèce des marbres du Parthénon, exposés à Londres. Les quatre dessins de maîtres, de Niccolo dell'Abbate, Nicholas Blakey, Martin Johann Schmidt et d'un élève de Martin Schongauer, avaient été saisis par la Gestapo en 1939 lorsque l'Allemagne nazie avait envahi la Tchécoslovaquie au domicile du docteur Arthur Feldmann, qui a péri pendant la guerre avec sa femme. Les uvres avaient ensuite été achetées peu de temps après la seconde guerre mondiale par le British Museum. Depuis, le musée avait accepté son "obligation morale" de rendre ces dessins aux héritiers du docteur Feldmann. LA POSTÉRITÉ L'EMPORTE SUR "L'OBLIGATION MORALE" Mais l'attorney général (ministre de la justice), Lord Goldsmith, conseiller juridique suprême du gouvernement, avait demandé à la justice de se prononcer, et averti que s'il existait une obligation morale de rendre ces uvres, cela donnerait à la Grèce une légitimité pour réclamer le restitution des marbres disputés. Les fameuses frises en marbre, datant de 477-432 avant J.-C., dérobées par Lord Elgin au début du XIXe siècle, font l'objet d'un contentieux entre la Grande-Bretagne et la Grèce, qui en réclame la restitution depuis 1832. La Haute Cour de Londres a décidé, vendredi, que le British Museum Act protège les collections pour la postérité, ce qui l'emporte sur "l'obligation morale" de rendre des uvres dont on sait qu'elles ont été volées. Le magistrat qui a rendu ce verdict a estimé qu'aucune obligation morale ne donnait droit au musée de s'affranchir de cette loi qui protège les collections. "Il y a de toute évidence d'autres objets pour lesquelles une réclamation morale peut être faite. Les marbres du Parthénon peuvent être considérés comme un exemple parfait", avait fait valoir William Henderson, qui représentait l'attorney général lors de l'audience mardi. "Ce verdict est important pour tous ceux qui réclament le retour d'uvres pillées pendant la période nazie", a déclaré une porte-parole de la commission pour l'art pillé en Europe, qui représentait les héritiers de M. Feldmann, souhaitant que le gouvernement légifère pour clarifier la situation.