Le silence du ministère de la culture sur «l'affaire Pinault » a été rompu mardi 10 mai. Au lendemain de l'annonce par l'homme d'affaires et collectionneur François Pinault de sa décision d'abandonner son projet de fondation d'art contemporain sur l'île Seguin, à Boulogne-Billancourt (Hauts-de-Seine), au profit notamment du Palazzo Grassi de Venise (Le Monde du 10 mai), le ministre de la culture et de la communication, Renaud Donnedieu de Vabres, lui a proposé d'exposer temporairement sa collection au Palais de Tokyo, à Paris (16e). «Comme vous, je regrette qu'un projet qui avait fait naître beaucoup d'espoir de réalisation d'un musée privé ne voie pas le jour», a déclaré le ministre à l'Assemblée nationale, en réponse à une question du député UDF Pierre-Christophe Baguet. Le ministre a, par ailleurs, assuré que l'Etat restait « un acteur puissant pour le soutien à toutes les formes d'expression artistique contemporaine (...) A chacun son rôle: à un projet privé de voir le jour, à l'Etat d'assumer ses responsabilités. Nous assumons les nôtres.» Cette intervention a pu apparaître comme une réponse aux propos du sénateur (UMP) et maire de Boulogne-Billancourt, Jean-Pierre Fourcade, le matin même lors d'un point de presse. Revenant sur les raisons données par M. Pinault pour expliquer sa décision - les « incertitudes », les «inerties » et les «pesanteurs » rencontrées -, le maire en a fait porter la responsabilité à l'Etat : « Les lenteurs administratives étaient surtout dues au ministre de la culture de l'époque [Jean-Jacques Aillagon, qui fut ensuite conseiller de M. Pinault], qui a mis un an à signer l'arrêté de démolition des usines Renault. » M. Fourcade s'est dit « très triste » : «Je regrette profondément la décision de François Pinault », qui abandonne « un projet remarquable». Mais il a tenu à relativiser l'ampleur du séisme provoqué par le retrait de la fondation Pinault : « Nous avons prévu un projet général de 842 000 m2 de constructions. Sur ce total, M. Pinault a renoncé à son musée, qui ne faisait que 32 000 m2. » Le maire a assuré que l'aménagement de l'île Seguin et de ses abords se poursuivra, même si « l'affaire est ennuyeuse pour l'équilibre du projet ». L'élu a annoncé se donner « un an pour trouver autre chose pour remplacer la fondation. Dès ce matin, des gens ont appelé pour faire des propositions. Des grandes écoles, des organismes... », a-t-il affirmé sans plus de précisions. En réaction à l'échec de ce projet, le groupe UMP de l'Assemblée nationale a décidé, mardi, de déposer une proposition de loi sur la «promotion des fondations» en France. Plaidant pour « une meilleure connaissane des Français à l'égard de ce moyen de développer la recherche ou la culture », le président du groupe UMP, Bernard Accoyer, a indiqué que la proposition de loi ferait « suite à la loi Aillagon » sur le mécénat adoptée en juillet 2003 par le Parlement. A Venise, pendant ce temps, l'heure était à l'enthousiasme. Dans un entretien au quotidien La Stampa, le maire de Venise, Massimo Cacciari (centre gauche), a souhaité la « bienvenue » à François Pinault, nouveau propriétaire du Palazzo Grassi, et a annoncé qu'il allait le rencontrer jeudi 12 mai pour discuter de son projet de musée. « La préseice d'un grand personnage comme Pinault garantit la continuité d'une activité de haut niveau » culturel au Palazzo Grassi, s'est-il réjoui.