Mis à jour le 19052014 à 18:56 Publié le 19052014 à 18:04 POLÉMIQUE - Historiens et intellectuels s'opposent au remplacement du Musée de l'histoire de la France en Algérie par un espace d'art contemporain. Un gâchis intellectuel et financier.» La colère gronde après l'annonce faite mercredi par Philippe Saurel. Ce nouveau maire de Montpellier et président de la communauté d'agglomération, qui a fait campagne en dissident PS mais est proche de Manuel Valls, abandonne le Musée de l'histoire de France en Algérie (MHFA). Il réoriente le chantier qui devait aboutir à l'été 2015 en espace d'art contemporain. L'idée du MHFA avait été émise en 2002 par un autre trublion du PS, Georges Frêche. Dès l'origine, elle avait suscité la polémique: élus verts et communistes redoutaient la création d'un sanctuaire colonial, ou du moins d'un instrument de lecture du passé trop en faveur des 42 000 rapatriés ayant fait souche alentour. Sur le plan muséal, il s'agissait de récupérer une part des collections de l'ancien Musée national des arts africains et océaniens créé en 1960 à Paris et qui fermait. L'essentiel de son fonds a intégré le Quai Branly. Les uvres et documents concernant l'Algérie postcoloniale sont restés sur place, dans le nouveau Musée de l'histoire de l'immigration. Restait la partie XIXe siècle, avec notamment des chefs-d'uvre orientalistes signés Vernet, Chassériau, Fromentin, Barrias, Cordier Plus que sceptique, Hélène Mandroux, qui succédait à Frêche, se désengageait du projet prévu dans les 1 500 m2 d'exposition de l'hôtel Montcalm, bijou XIXe du centre-ville. Mais en tant que président de l'agglomération à partir de 2001 Frêche reprenait le tout. Un permis de construire était accordé en 2009 et les travaux commençaient. Non sans de nouvelles difficultés. Retards, décès du directeur du comité scientifique, marche antiraciste Le MHFA allait-il respecter toutes les histoires, celle des harkis, des pieds-noirs, des Algériens ayant combattu la présence française, des immigrés? Le PS Jean-Pierre Moure, alors président de la communauté d'agglomération, calmait les esprits: «L'idée du musée se poursuit de façon objective avec tous les éléments historiques.» De fait, le comité désormais présidé par Jean-Robert Henry, directeur de recherches émérite au CNRS, s'imposait par son impartialité, les meilleurs historiens de part et d'autre de la Méditerranée y participant bénévolement. Vendredi, ceux-ci et leurs parrains ont adressé une lettre ouverte à Saurel. L'abandon «s'est fait de manière abrupte et improvisée», écrivent entre autres Ahmed Djebbar, spécialiste de l'histoire des mathématiques, Marc Ferro, codirecteur des Annales et directeur d'études à l'École des hautes études en sciences sociales, Ahmed Mahiou, directeur de recherches émérite au CNRS, Georges Morin, inspecteur général honoraire de l'Éducation nationale, ou encore Benjamin Stora, professeur des universités. «Décision dans concertation» Certains se déclarent «désolés de cet affront à l'intérêt national». La plate-forme de travail impliquait en effet le Louvre, Versailles, le Quai Branly, les Invalides, le Musée de la marine et le MuCEM de Marseille. Bien que l'histoire de la colonisation et de la décolonisation soit abordée en classes de 4e, 3e, première et terminale, le MHFA aurait été le premier lieu en France à permettre le dialogue entre les mémoires et les communautés, sur un sujet que la nation n'a toujours pas digéré. La lettre rappelle encore que 15 millions d'euros ont été engagés sur les 22 budgétisés. «Certains ne sont pas transférables, comme les 3 millions qui ont servi aux acquisitions ou les contrats passés avec les prestataires de services travaillant depuis des mois sur le contenu des expositions.» Mille objets dont 529 exposés, 1 572 documents et une bibliothèque de 3 000 ouvrages devaient rejoindre l'hôtel Montcalm. Se trouvaient également sur les rails une exposition sur l'Algérie durant la Grande Guerre, labellisée par la Mission du centenaire, ainsi qu'une autre sur l'archéologie française en Algérie, avec le Louvre. La décision «élaborée sans aucune concertation avec les acteurs du projet ni respect pour leur travail» a été prise - ironie du sort - à quelques jours de la Nuit des musées, et alors que la demande de label «Musée de France» doit être prochainement examinée au ministère de la Culture. Saurel fait valoir que le projet alternatif coûtera moins cher. Plutôt que de poursuivre l'achat d'uvres, il envisage de passer une convention avec le Fonds régional d'art contemporain, d'entreprendre une collaboration avec le peintre Pierre Soulages, basé à Rodez, et de trouver un accord avec le Centre Pompidou. Marseille ou Perpignan se montreront-elles intéressées par la reprise du MHFA? Rien n'est moins sûr. À Montpellier, l'aventure n'a plus qu'une mince chance de se poursuivre. Ce pourrait être sur un terrain que la Ville a acheté à l'armée et où se trouve déjà un Musée de l'infanterie.
Montpellier : l'histoire de France en Algérie perd son musée
Historians and intellectuals oppose the replacement of the Museum of the History of France in Algeria by an art contemporary space. Philippe Saurel, the new mayor of Montpellier and president of the community of Montpellier, announced the abandonment of the Museum of the History of France in Algeria (MHFA) and the replacement of the project with an art contemporary space. The idea of the MHFA was first proposed in 2002 by Georges Frêche, a former PS politician. The project was met with opposition from green and communist politicians who feared the creation of a colonial sanctuary or an instrument of reading the past too favorable to the 42,000 repatriated people in the area. The museum was intended to recover a part of the collections of the former National Museum of African and Oceanian Arts created in 1960 in Paris and which had integrated the Quai Branly.
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