MUSÉES Approché par l'Italie, le grand patron mécène s'apprêterait à acquérir le Palazzo Grassi tandis qu'à Boulogne sa fondation va voir le jour Venise... Qui pourrait ne pas rêver de Venise et de ce Palazzo Grassi longtemps propriété de la famille Agnelli qui en fit l'un des plus séduisants des lieux d'exposition en Europe. Ils l'avaient acquis en 1984 et c'est Gae Aulenti qui en avait imaginé les aménagements intérieurs. Vingt ans durant, le Palais Grassi, le Palazzo édifié en 1730 sur le Grand Canal, proposa des manifestations magnifiques, monographies de grands artistes ou plongées dans des civilisations anciennes. Mais un premier protocole de vente, en décembre dernier, fut signé par Fiat avec le Casino municipal. En février, un propriétaire fut approché et l'affaire faillit se conclure avec Guido Angelo Terruzzi. Mais ses projets étaient plus que flous, l'approche des élections municipales (ce dimanche) a fait réfléchir les tutelles... et le maire Paolo Costa avait pensé à Jean-Jacques Aillagon pour devenir directeur artistique du Palazzo Grassi (voir nos éditions des 31 janvier, 3 février et 17 mars). Un feuilleton qui trouve une très heureuse issue. En effet, le Palazzo Grassi pourrait sous peu battre pavillon du groupe français Pinault Printemps Redoute. Après maintes réflexions, le Casino municipal de Venise a fini par débouter le «roi italien du nickel» Guido Angelo Terruzzi dont le projet culturel apparaissait trop modeste et trop onéreux pour la ville. Approché par les tutelles vénitiennes, comme il l'est par de nombreux pays et villes (Berlin) qui ont confiance en ses goûts artistiques et en sa puissance financière, François Pinault a évidemment examiné avec grand intérêt la possibilité d'une fenêtre sur le Grand Canal... Gageons que Jean-Jacques Aillagon, qui, jusqu'à sa nomination à la tête de TV5, était l'un des conseillers de François Pinault, n'est pas pour rien dans cette tentation... d'autant plus légitime que les problèmes sur lesquels butait la Fondation de l'île Seguin avaient de quoi inquiéter le grand patron mécène. Selon nos informations, tandis qu'à Boulogne une timide éclaircie se dessine, François Pinault s'apprêterait à investir 29 millions d'euros à Venise. Encore faut-il que le maire qui sera élu ce week-end entérine le projet. Son prédécesseur Paolo Costa en aura été l'artisan et les candidats à sa succession, le juge Felice Casson et le philosophe Massimo Cacciari, devraient selon toute vraisemblance accepter cette solution prestigieuse. François Pinault deviendrait propriétaire de 80 de la société d'exploitation du Palazzo Grassi. Le bail serait conclu pour 99 ans. Après quoi les lieux redeviendraient bien communal. A titre de garantie, le Casino en conserverait 20. L'intégralité des frais de gestion courante environ 1,2 million d'euros par an serait supportée par le groupe français. Ce dernier aura carte blanche sur l'utilisation des 4 000 m2 du palais. Le projet est d'y faire de grandes expositions. Mais aussi, semble-t-il, des manifestations de prestige, telles que soirées de gala ou congrès internationaux, en accord avec la mairie. Contrairement aux espérances des Vénitiens, Jean-Jacques Aillagon, retenu à Paris par d'autres obligations sa nomination à TV5 ne pourra évidemment pas en devenir directeur artistique. Mais nul doute qu'il pourrait être légitimement consulté sur les programmations. François Pinault aura également la jouissance d'une annexe appelée le «teatrino». En fait des locaux délabrés qui auront besoin d'une substantielle remise en état. Venise espère héberger une partie de sa collection d'oeuvres contemporaines et rêve d'une première exposition dès juin... Impossible évidemment. Il y a du travail du côté de l'île Seguin !